Elephant de Gus VAN SANT

  Carandiru de Hector BABENCO


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De Beaux lendemains

Samy est en passe de signer. Les avocats rodent comme des vautours sur les dépouilles de ses droits. Mais Samy en a-t-il encore envie? Veut-il se vendre à cette industrie du cinéma?

Exténué. La fin n'est pas loin. Je vais réclamer une euthanasie en implorant Chaplin de ses bonnes grâces. Après quelques modifs, un baron du 7ème art, du type à fumer des gros cigares, a optionné mon script. Une OPA sur mon histoire. Evidemment, ce n'est plus la même histoire avec tous ces ajustements ciblant les exigences de chacun. Les dealers de ca$h ont des canines de vampires. Que de concessions pour une future bouse en celluloïds. Que de confessions pour me vendre comme un vulgaire produit en promo chez Casino!
Nous vivons une époque de merde. Excusez d'avance mon langage ordurio-scatologique, c'est pas mon genre. Mais tout de même. Les historiens qualifieront notre siècle de médiocre, les humains d'égoïstes. Les artistes seront critiqués pour leur absence d'avant gardisme. Les politiciens, pour leur nullité à changer quoi que ce soit. Les citoyens pour leur refus de solidarité et de fraternité. Les patrons pour leur cupidité. Et j'en passe...

Plus personne n'est coupable. Jamais responsable. C'est toujours de la faute de l'autre. Et qui accepte de se remettre en question? Qui apprend, écoute, évolue? Qui est lucide sur soi et ses propres choix? (moi, il me faut au moins une dizaine de rhum celeri avant).
Ah quel monde de ... Bon j'avoue que je me suis levé du mauvais pieds. J'ai du avaler 8 expressos pour avoir la tête sur les épaules (c'est plus décent que dans le cul). Deux heures de transat sur la Plage du Goéland. Trop de seins, trop de sous vêtements en guise de maillots de bain. Trop d'érections mal contenues. Trop de montée de sève printannière. Déjà que Gallo nous la joue film X de troisième zone... J'étais entouré de festivaliers qui ne viennent pas pour le cinoche. De quoi me déprimer. Les hots d'or existeraient encore qu'on aurait cru une session spéciale "sea sex and sun".

Déclin de l'empire méditerrannéen. La Côte est un hospice à ciel (bleu) ouvert (ou vert?). Refuge Napoléon du 3ème et 4ème âge. Malgré le grand nombre de touristes dépensiers, ils votent FN par peur de l'étranger. "Mais qui est l'autre... comme chantait la Mylène. Et nous, grands cinéphiles, adorateurs de salles obscures, vénérateurs d'images en mouvement, nous voici comme des croisés à se battre contre des moulins à vent. Nous voici à parler d'art et d'auteurs pour des films que peu iront voir. Quand je vois mon scénario déposé à la SACD le 10 mai (en souvenir de) et la version vendue (a priori) le 21 mai (aucun souvenir particulier), je me dis que tout cela est stérile. D'ailleurs nous fabriquons de moins en moins de têtards crêmeux... A cause des strings, selon moi.
Bref, les esprits semblent tellement formatés que je m'interroge : combien de personnes pourront comprendre les Ruiz, Haeneke, Bonello, Gallo ou Kurosawa? Leur proposition artistique, leur innovation dans la narration, leur goût de la provocation seront acceptés par combien d'individus?

Puisque nous n'avons pas habitué les spectateurs à autre chose, puisque le relais ne s'est pas produit entre Cocteau ou Fellini et la génération actuelle, le cinéma, pour continuer de se financer, en devient lui-même formaté. Il est le produit de ce que nous sommes. Le cinéma doit nous élever, il se réduit à notre fainéantise. Il doit nous libérer et finalement nous sommes conditionnés. Terrifiant!
Où sont les dialogues? Redoutons les barbares : ceux qui ont forgé Internet, qui piratent les systèmes, qui défient les lois.
Bon je vais me calmer. L'empire contre-attaquera en temps utiles. Il déclinera irrémédiablement. Les lendemains chanteront. Nous ne finirons pas trucidés ou exilés.
Je vais peut-être retourner à la plage... Pour ne plus y penser. Pour ne regarder que les chairs étalées. En attendant les barbares, en scrutant l'horizon, en priant pour un monde plein d'extravagance.
Je suis encore dans la Matrice. Il faut que je me réveille.

(à suivre)



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