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Patrice Chéreau, Président du jury

Oublions le théâtre. Même si les acteurs sont sa matière première dans les deux formes de mises en scène, celle des planches et celle des plateaux de tournage. Oublions Phèdre. Retenons Son Frère. Dernier film en date. L'orchidée a éclos il y a 30 ans. Chéreau naissait au cinéma. Il y étala ses blessures. Il exposa même ses désirs. De cris enragés en mâles déprimés, d'hommes dénudés en sentiments balancés, la caméra de Chéreau suit le mouvement, l'amplifie, l'agrandit. Exponentiel jusqu'à l'excès (une tpete décapitée, une chanson de Catherine Lara, un mort sanguignolent). La baroque fresque de La Reine Margot manque son couronnement cannois. Chéreau parvient à embarquer davantage d'éloges en nous emmenant à Limoges en train. Avant de s'exiler à Londres, explorer l'intimité des corps. Le mystère de la chair. Unique obsession. Le lien du sang, celui des larmes. L'amour secoue. La mort est au bout.
Erri De Luca, écrivain (Italie)

Quel étrange itinéraire. Le voyage le mènera de la bourgeoisie napolitaine au militantisme d'extrême gauche. Il s'évadera en Afrique pour conduire des camions et faire le maçon. Il fut autre chose de ses mains, en approchant la quarantaine : il écrivit. Une fois un jour, son premier roman. Sa moralité se mélange à sa sincérité. Journaliste à ses heures perdues, traducteur de textes sacrés (il apprit l'Hébreu exprès), il continue d'écrire de courtes histoires publiées tout au long de la décennie. Tout en restant combatif sur le terrain : il effectua des missions humanitaires lors du conflit yougoslave. Le réel est là.
Jiang Wen, réalisateur (Chine)

L'acteur est plus prolifique que le réalisateur. Mais Cannes connaît avant tout le cinéaste. Guizi lai le, traduit sous le titre des Diables à nos portes, est un Désert des Tartares en images, film en noir et blanc, étrange et beau, lyrique et allégorique. Certains furent emportés avec ces vents mongoliens et lui attribuèrent un Grand Prix du Jury en 2000. L'armée est au coeur de ses films. Un paradoxe quand on sait que Wen signifie civil. C'est son frère qui se nomme Wu (martial). Une logique naturelle puisqu'il a grandit au sein d'une femme de militaire. Il s'est évadé en apprenant les arts dramatiques. Voilà un bel objecteur de conscience.
Aishwazya Rai, comédienne (Inde)

A peine trente ans. Le visage sublime. Égérie pour un soda, cette Miss Inde voulait être architecte. Elle s'est métamorphosée en star bollywoodienne. Qui pourrait résister à ses yeux irréels verts et gris? Devdas fut présenté à Cannes l'an dernier, intronisant la culture cinématographique indienne, chatoyante et musicale, dans les genres nobles du cinéma. Les délices du kitsch. Elle en est le plus beau des symboles. Un atout world culture indispensable pour ce Festival.
Jean Rochefort, comédien (France)

Avec ou sans bacchantes? Septuagénaire fringuant et élégant, ce grand duc du cinéma peut tout oser. Il a d'ailleurs eu l'audace de passer de Blier à Chabrol, de Szabo à Altman. Enrôleur du grand blond, valet d'un chinois en Chine, il joua souvent les seconds-couteaux (Angélique). La même année il tourne Le Crabe-tambour et Un éléphant ça trompe énormément. Ah qu'on l'aime! Inépuisable à nous faire rire ou à nous émouvoir, que ce soit chez Tavernier ou chez Leconte. Ce dernier en a fait son double. Un tandem qui brilla notamment dans Le Mari de la Coiffeuse, L'homme du Train et Ridicule - qui fit l'ouverture de Cannes.
Meg Ryan, comédienne (USA)

Chaque année, la croisette s'amourache et s'arrache une star hollywoodienne. Blondinette dans Top Gun ou midinette de The Doors, alcoolique magnifique dans When a Man loves a woman ou clodo au grand coeur dans Restoration, la comédienne ne parvient pas à faire oublier son étiquette. Depuis son orgasme simulé en public dans un resto, elle fait craquer Dennis Quaid et Russell Crowe (dans la vie), Billy Crystal et Tom Hanks (sur écran). Elle nous fait même passer quelques nuits blanches. Paradoxe vivant, la pétulante Meg touche 15 millions de $ pour un film et pique le rôle de Kidman dans le prochain Campion.
Steven Soderbergh, réalisateur, scénariste et producteur (USA)

Palme d'or précoce en 89 avec sa caméra vérité voyeuriste, Soderbergh a le don d'ubiquité sur ses tournages : scénariste, chef opérateur, monteur, directeur d'acteurs et même producteur. Grâce à lui, Clooney sort de son carcan télévisuel, Roberts récupère un Oscar et Benicio del Toro devient une coqueluche médiatique. Oeuvres chorales ou films de genre, Soderbergh s'aventure dans des univers schizos pour notre plus grand plaisir. Tandis qu'il nous emmenait du côté de Solaris, il produisait les passionnants Insomnia, Loin du Paradis et Confessions d'un homme dangereux. Insaisissable.
Danis Tanovic, réalisateur et scénariste (Bosnie Herzégovine)

Il y a deux ans Cannes découvrait un cinéaste venu de l'ex-Yougoslavie. Il avait étudié le cinéma en Belgique et des capitaux français lui avaient permis de monter son premier film, No Man's Land. Prix du scénario sur la Croisette, César de la meilleure première oeuvre, l'humour absurde et le ton pacifiste avaient conquis les curieux. Tanovic fut d'ailleurs en bonne compagnie dans le collectif 11'09"01 (September 11), avec Chahine, Inarritu, Imamura, Loach, Nair ou Penn. Le voilà consacré auteur. Son regard singulier sur un monde en guerre se nourrit assurément de son vécu.
Karin Viard, comédienne (France)

Les coeurs ont vite palpité pour elle. Deux césars en poche, elle embrasse désormais qui elle veut. Reine d'un jour ou en attente du Rôle de sa vie, Nouvelle Ève à l'emploi du temps surchargé, Viard a su jongler avec les genres cinématographiques, passant du rire aux larmes avec une déconcertante facilité. Karin devra jouer du charme français pour se faire aimer des photographes qui mitrailleront les belles étrangères. Embauchée par Tonie Marshall dans France Boutique, il semblerait que sa parenthèse enchantée ne se referme toujours pas...



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