Production : Columbia Pictures Corporation, American Zoetrope
Réalisation : Sofia Coppola
Scénario : Sofia Coppola, d’après le livre "Marie-Antoinette" d’Antonia Fraser
Montage : Sarah Flack
Photo : Lance Acord
Décors : K.K. Barrett
Distribution : Pathé Distribution
Son : Richard Beggs
Musique : Brian Reitzell
Costumes: Milena Canonero
Directeur artistique : K.K. Barrett
Durée : 123 mn

 

Danny Huston : L’Empereur Joseph
Guillaume Gallienne : Vergennes
Al Weaver : Le Comte d’Artois
Judy Davis : La Comtesse de Noailles
Jason Schwartzman : Louis XVI
Asia Argento : La Comtesse du Barry
Steve Coogan : L’Ambassadeur Mercy
Kirsten Dunst : Marie-Antoinette
Rip Torn : Louis XV
Aurore Clément : la Duchesse de Chartres

 

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Marie-Antoinette

Sélection officielle - Compétition
USA / sortie le 24.05.06

"Réaliser un film historique était, pour moi, un défi qu'il fallait relever en dépassant les clivages du genre. J'aurais pu conserver le côté précieux et formel des personnages. J'ai préféré montrer que derrière les comportements de façade, les gens, au XVIIIè siècle avaient aussi des attitudes atemporelles. J’espère que l’on comprendra le point de vue assez réaliste du film." (Sofia Coppola)





Le troisième long métrage de Sofia Coppola . Sans doute un nouveau film culte. En 1999, son Virgin Suicides faisait sensation à la Quinzaine des réalisateurs. Quatre ans plus tard, Lost In Translation lui valait tout de go de remporter l’Oscar et le Golden Globe du meilleur scénario, sans oublier de prestigieuses citations dans ces même compétitions (meilleur Réalisateur et meilleur Film) ainsi qu’aux Independent Spirit Awards (voir notre interview croisée de la réalisatrice et Bill Muray) . En deux seulement longs, Sofia Coppola est devenu cinéaste culte. Un talent hors pair, une sensibilité toute particulière… Preuve qu’il ne suffit pas d’être la fille de… Bien que Fred Roos (co-producteur d’Apocalypse Now) et Francis Ford Coppola (qui l’a produit depuis le début) l’aient amplement mise sur les rails à la co-production comme derrière la caméra. A notre grand plaisir, le tapis rouge cannois scintillera pour cette troisième fresque. Une aventure très attendue. Un genre et une épopée atypique lorsqu’on connaît la jeune cinéaste? Pas tant que cela justement! Exception faite du budget (40 millions de dollars), de l’envergure du tournage, jugé éprouvant par la réalisatrice même, règles du genre (décors, costumes, maquillages, temps de préparation) et minutie obligent, on découvrira que rien dans ce film d’époque ne va a contrario des précédents univers de la réalisatrice. Même lorsqu’il s’agit de la reine de Louis XVI à Versailles tandis que se trame la Révolution française… Marie-Antoinette a été en bonne partie tourné dans le théâtre même des évènements avec une équipe de techniciens et intermittents majoritairement française. Rappelons que Coppola se sera entourée des meilleurs, outre bien sur la créatrice de costumes Milena Canonero : le directeur artistique et chef déco K.K. Barret ( I heart Huckabees) et Lance Acord à la photo. Impossible d’être passé à côté de leurs performances sur Dans la peau de John Malkovich, Adaptation et Lost In Translation… Bienvenue au Château de Versailles - rappelons-le, 700 pièces, 2000 fenêtres, 1250 cheminées, 67 escaliers et 700 hectares de jardin, -, de la Galerie des glaces au Petit Trianon, pour une reconstitution des plus fidèles (jusqu’aux moindres détails culinaires) de la vie intime de notre jeune Reine guillotinée, pressenti dès l’âge de 14 ans par Louis XV pour épouser son fils, couronnée à l’âge de 19 ans, déracinée de son Autriche natale et mal aimée de la famille royale. La vie d’une jeune femme ordinaire, dans un environnement simplement inaccoutumé. "Cette transition vers l'âge adulte est presque commune pour tous les adolescents, seul le cadre est ici particulièrement grandiose et ‘exotique’ ", nous assure Sofia Coppola.

"Une approche très intime et à une échelle vraiment personnelle"
Quels liens peut-il y avoir entre une fratrie de jeunes sœurs étouffées dans une belle maison de banlieue américaine, un acteur américain échoué à Tokyo avec une jeune et jolie blonde et Marie-Antoinette? Question que tout le monde se sera posée à l’annonce du projet. Réponses : une histoire de solitude, d’isolement. Une histoire de femme, de jeunesse, d’errance et décalages féminins. Une histoire de couple, simplement universelle et atemporelle. Et bien sûr, un regard joliment féminisé sur un genre bien trop souvent figé dans ses propres codes. Sofia Coppola revient sur ces divines personnalités féminines qui hantent et envoûtent sa filmographie : "Ce personnage féminin que l’on retrouve dans chacun de mes films, ce n’est pas un leitmotiv délibéré : je ne me rends compte des similitudes qu'à la fin, au moment où je cherche à comprendre le sens de ce que j’ai fait. A moins d'une tentative inconsciente de retracer une partie de ma vie, ce thème n'est pas vraiment prémédité."
Sachez que dès lecture du scénario, Kirsten Dunst s’est identifié au personnage titre, l’histoire faisant écho à certains aspects de sa propre vie. Maux intimes, oppositions et décalages entre privilégiés et laissés pour compte : Sofia Coppola se sera focalisé sur l’environnement humain, dessinant en catimini un contexte historique dont les héros ne prendront que trop tardivement conscience. Et quel contexte au cinéma!

Allons enfants… !
Elle craignait de réaliser un film froid et distant. Reconnaissons que dès qu’il s’agit d’Histoire filmée, le risque est énorme. La jeune cinéaste aura ainsi choisi de foncer aux antipodes des règles et codes normatifs du genre. Mots d’ordre : échapper aux conventions, imprégner la matière même de son film de liberté. Sofia Coppola nous explique : "Ce n'est pas une leçon d'Histoire. C'est une interprétation documentée, mais portée par mon envie de traiter le sujet différemment. J'ai, par exemple, essayé d'insérer l’esprit néo-romantique de certains groupes pop des années 80 comme Bow Wow Wow et Adam Ant. Leur vision du XVIIIè siècle est bien sûr assez particulière, plus proche du côté décadent et coloré, entre dandysme et classicisme. C’est un point de vue purement ludique que je trouvais en adéquation avec les personnages adolescents.".
Une incontournable ambiance teenage, donc. Tout aussi incontournable que la trame politique avec deux dénominateurs communs, notamment via quelques réunions de Louis XVI et ses conseillers : la non-conscience du risque et ces perpétuels décalages. "Je voulais montrer, malgré l'inconscience de Marie-Antoinette, que les choses allaient changer de manière brutale. Ces explications historiques, même furtives, ont été les passages les plus durs à écrire et à tourner parce qu'ils étaient d'un tout autre style que le récit qui les précède.", précise la réalisatrice. "On a donc appelé ces scènes les ‘Star Wars scenes’ parce qu'elles ressemblaient un peu aux discours de l'Alliance Rebelle".

Amadeus vs Robert Smith?
Effets de style - pour ne pas dire de stylisme – obligent : l’ambiance musicale de notre Marie-Antoinette ne sera pas du genre à "sortir les violons". Fatalement, le film n’est pas exempt de musique classique. On reste toutefois loin des poncifs, y compris dans le domaine de la comédie historique façon Ridicule . Le seul fait que The Cure, avec “Plainsong” et “All Cat’s Are Grey”, figurent sur la BOF convaincra les plus réfractaires Une production musicale signée Brian Reitzell ; lequel travaillait déjà sur la BO de Lost in Transation. Sofia Coppola a, cette fois ci, mis l’accent sur un mélange de touches néo-romantiques et contemporaines. En pistes sur la BOF, à côté des Cure : Bow Wow Wow, avec les chansons “I Want Candy”, “Fools Rush In” ou encore “Aphrodisiac”, Squarepusher (avec “Tommib Help Buss”), le titre “Ceremony” de New Order pour la séquence d’anniversaire de Marie-Antoinette. Pas moins! Ah, cette sacro-sainte vie d’adolescentes!

Préssentis et confirmés : tous nos révolutionnaires
"J'ai tenté de présenter son côté humain. Elle n'est ni parfaite, ni totalement innocente, ni aussi mauvaise qu'on a laissé croire. Elle est juste tombée au mauvais endroit au mauvais moment et sans bon attaché de presse!" dixit la cinéaste qui, dès l’écriture a pressenti Kirsten Dunst pour incarner son rôle titre, fort de son allure plutôt semblable à notre figure historique et, naturellement aussi fort de leur précédente collaboration sur Virgin Suicides. La jeune comédienne nous y avait emportés!
Furent également d’emblée préssentis : Jason Schwartzman (Louis XVI), qui, rappelons-le, est à la ville neveu de Francis Ford Coppola et cousin de Sofia ; Steve Coogan (l'Ambassadeur Mercy) ainsi que la chanteuse de rock et comédienne australienne Judy Davis (la Comtesse de Noailles), préssentie un temps pour camper Marie-Thérèse. Asia Argento en italianissime Madame Du Barry, Marianne Faithfull (Marie-Thérèse d’Autriche), Aurore Clément, dans le rôle de la Duchesse de Chartres, Guillaume Gallienne (Vergennes), Danny Huston (L’Empereur Joseph) et - cerise sur le sundae - le texan Rip Torn, dans la peau de Louix XV, viennent compléter le casting. Un rôle que Sofia Coppola a longtemps proposé à Alain Delon. Le comédien aura fait durer le suspense avant de décliner l’offre, promettant à la jeune cinéaste d’être des siens si, à l’avenir, elle décidait de tourner un thriller ou un film moderne. "Ce n'est pas pour moi. J'ai tourné dans 'Casanova', et mon public m'a bien fait comprendre que ce n'était pas le registre dans lequel on m'attendait", expliquait-il à l’époque dans le Figaro. Toutefois, le public attend-il toujours Delon dans un thriller ou un film dit plus moderne? Aucune relation de cause à effet mais, comme le rappelle Jason Schwartzman : "Il y a une tendance dans certains films à prendre l’Histoire tellement au sérieux qu’ils y perdent toute humanité"… Ou tout sens de l’humour… Ou simplement celui de l’aventure…

Sabrina



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