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Marie-Antoinette

Sélection officielle - Compétition
USA / sortie le 24.05.06


A L’OUEST EN EDEN





- C’est ridicule !
- C’est Versailles !


A l’attaque roses frous-frous, festins et randonnées rock n’ roll ! Re-focus sur cette angélique frimousse que Sofia Coppola exaltait au suicide en 2000 au fin fond d’une banlieue de la middle class US. De l’american way of life à la vie protocolaire. De la maison préfabriquée au Petit Trianon… Le voyage se fait en toute logique. L’heure est désormais aux travellings sis au numéro un des Châteaux de France. Dans chaque recoin, de l’ombre à la lumière de ladite belle vie. Celle qui met le monde à ses pieds. Par-là même isole ses sujets assurément bridés par les rituels et protocoles auquel ils sont soumis. La soumission : voilà bien une des thématiques premières de ce nouveau Coppola.
Naturellement doublée de malicieux non-sens. Ainsi, comme d’accoutumé chez la jeune cinéaste, féconde dès qu’il d’agit de comique de situations (les dialogues notamment seront délicieux). Bémol : le thème restera ici trop immuable pour nous porter jusqu’à épilogue. Comédie d’époque, satire sociale, peinture romantique, ode à la nature : on adore cette patte à la fois sucrée et baroque qui viendra effectivement confirmer les promesses d’atemporalité et universalité pitchées avant projection, illustration musicale rock international et ouverture au monde (en l’occurrence ici à la Chine) en exquis bonus. Marie Antoinette nous laissera pourtant sur notre faim (malgré les délicieux macarons), avérément scindé en deux inégales parties ; la première jubilatoire - une véritable friandise - la seconde amère, embourbée, semblant difficilement chercher une issue…

Certes, on ne refait pas l’Histoire ; mais on fait des choix lorsqu’on érige un séquencier. Rythme accéléré, distances en trop plein, décadences, tournoiements… Un brin de dysharmonie viendra secouer l’écran. Certains passages sont insistants quand d'autres sont elliptiques. De quoi nous réfreiner quelque peu. Quelques bonnes rafales d’oxygène frais viendront recharger les batteries de notre héroïne. Mais après ? A notre grand dam, l’absence d’émotions et sentiments viendra entacher notre engouement pour ce nouveau tourbillon d’humanité féminine. Définitivement, il manquera cette touche de jolie mélancolie que Sofia Coppola a pourtant toujours merveilleusement su mettre en images. Le ridicule de ce protocole subit s'empare même de certaines images.... Coppola, en revanche, est bien plus inspiré lorsqu'elle met sa touche moderne et "mode" à des scènes où Versailles ressemble à s'y méprendre à la Jet Set de Neuilly ou de Beverly Hills. Jusque dans l'isolement des réalités, le désintérêt du monde et finalement la bêtise et la superficialité. En cela l'allure vaine du propos trouve un peu de snes dans le kitsch des images.

De la vie de princesse sacrifiée au bon vouloir de l’autre (« Tout dépend de l’épouse, de sa bonne volonté et de sa douceur »), à l’avènement d’une jeune reine qui s’évanouira dans l’excès… Subtil, drôle, raffiné, moderne, pictural, prenant mais hélas trop noué sur la fin pour faire éclater cet intimisme que l’on pouvait attendre tout en gambadant dans la drôlerie. Centré à outrance sur la solitude de son personnage titre, l’aventure finira par justement tomber dans ces écueils propre ce genre de toiles : la désincarnation, voire la vile abstraction, des intervenants secondaires. Même l’amant transi de notre héroïne, conte charmant mystifié avec ce cliché volontaire qu’est l’attendu prince sur son cheval blanc, perdra toute valeur. Sans parler de notre stérile Louis XVI. De jolis reliefs étaient pourtant à dessiner en matière de féminité, hérédité organique comme spirituelle, maternité, modèles sociaux, contre-pieds et idéaux de notre inconscient collectifs à travers le temps. La Reine est morte. Vive la Reine ! Elle se sera toutefois inclinée avec grandeur. Admirons ces beaux tableaux souvenirs qui auront délecté nos yeux, sans quitter du regard ces inévitables tours de roue. Pour notre Kirsten Dunst, magnfique et charismatique, intenbse et sensible, Sofia Coppola et nous, spectateurs, Marie Antoinette est une démonstration de mises en adéquation. Preuve qu’adaptation et légèreté ne sont pas incompatibles.

Sabrina



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