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Gael Garcia Bernal

 

Diarios de Motocicleta - Carnets de voyages (Carnets de voyage - The Motorcycle Diaries)

Sélection officielle - Compétition
/ sortie le 08.09.04


BEAU VOYAGE





«- Putain on arrive où ? On dirait la Suisse !»

12425 kilomètres, ça use, ça use… A moto, à pieds, en camion, en bâteau, en avion, et même à la nage, le road movie de Walter Salles est un périlleux périple, assez casse gueule et, à l’instar de ses deux protagonistes : curieux, rêveur, passionné. Odyssée improvisée, cette exploration de l’Amérique latine a ses failles. L’histoire vraie et le personnage réel en sont les matrices. Car comment donner un rythme à une histoire qui va se ralentir dès que la moto rendra l’âme, dès que la chaleur tropicale les astreindra à moins de mouvements ? Et comment ne pas voir le futur Che Guevara quand on explore sa jeunesse fulgurante, insouciante. Notre regard est forcément déformé et le manque de charisme de Gael Garcia Bernal, intense mais encore peu déterminé à cette époque, flou notre perception.
Pourtant cet hymne au voyage, cette ode à la liberté nous transporte dès lors qu’on se laisse embarquer dans un itinéraire initiatique plein de surprises. La caméra est alerte. Et le scénario, accessible au grand public, est ponctué de galères rebondissantes et d’incidents révélateurs. Salles éprouve toujours un immense plaisir à filmer ses routes infinies, ses grandes étendues et des hommes qui vont muer grâce aux hasards du destin. L’expérience sera plus forte que les livres. Les voyages forment la jeunesse, en quelque sorte («On a 30 ans qu’une fois dans sa vie»).
Ici, le cinéma est un voyage. Et l’Amérique du Sud qu’il nous montre n’a rien à voir avec les clichés hollywoodiens des films d’aventure. Ici l’exotisme n’a rien de toc. De la Pampa aux Andes enneigées, des mines exploiteuses à l’Amazonie lépreuse, de l’océan Pacifique au désert du Chili, Salles avait clairement une envie de paysage. Une fois la moto mise à la casse, ce ne sont plus les décors en cinémascope qui défilent car on s’arrête, alors, sur les visages. Le documentariste qu’il fut reprend ses droits sur le cinéaste. Nous sommes alors confrontés à la réalité des peuples, à la misère humaine. Le but était de voir du pays. Entre temps, le jeune Guevara va se forger une identité, forcer son destin. Les premiers portraits en noir et blanc (avec musique un peu plus rock) vont souligner la prise de conscience politique du jeune médecin. Sa vision d’une Amérique latine unifiée, où le peuple reprendrait ses droits. Car en effet, la langue espagnole facilitant les échanges, si il y a bien une chose de virtuelle dans ce film, ce sont les frontières, invisibles. Dans ce voyage qui n’a rien d’un parcours en Mercedes classe S, nous allons nous rendre au bout d’une logique humaniste : une léproserie isolée du monde. Certains diront que le passage est alors plus lent que le reste du film, trop long peut être. D’autres, a contrario, trouveront qu’il s’agit du passage le plus fascinant, comme un film dans le film.
Les kilomètres ne servent pas à gagner un voyage gratuit en cumulant des miles. Le regard est social (à défaut d’être politique) et nous avons pour cela deux idéalistes pour nous montrer ce qu’ils ont vu. Tel que ça a été retranscris dans les carnets de voyage, photographié à l’époque et raconté par le survivant de l’épopée.
Si bien que le film a des allures de documentaire ethnographique à certains instants. En fait Salles, à l’instar de Petit Poucet, sème les cailloux pour nous faire suivre le chemin qui mènera à la future icône révolutionnaire. Il n’y a rien d’idyllique. Mais l’humanité qui transpire de cette aventure sans quête de trésor. Point d’exploit impressionnant, juste un assemblage de fragments de vie. Il reste beaucoup de silences à comprendre, de motifs à deviner. Subtil, le film ne s’embarrasse pas d’une surcharge d’explications. Et si l’émotion est absente, un pincement au cœur surviendra en voyant le visage vieilli et buriné du Dr. Che le gros. Le compagnon de route de celui qui chercha à changer la vie de ces peuples croisés. Pour ceux qui seront séduits, le billet retour ne coût que le prix d’un ticket de cinéma.

vincy



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