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Olivier Assayas sur EN
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Clean (Clean)

Sélection officielle - Compétition
France / sortie le 3 novembre 2004


In the mood for change




« Qu’est-ce qu’il fout avec cette fille. C’est une junkie finie. Elle lui porte la poisse depuis cinq ans. »

Une chose est certaine, Olivier Assayas est un cinéaste, un vrai. Avec un regard et un style très personnels qui à chaque fois changent d’un film à l’autre. Après le film d’époque (Les destinées sentimentales) et le film High-tech (Demonlover), le réalisateur se penche sur l’univers alternatif du monde du rock des années 80 et de la drogue. Ou plutôt, sur l’après. L’après drogue et l’après rêve. Clean parle de transition entre le rêve/cauchemar (la musique, l’espoir d’être reconnu, la fuite dans la drogue…) et la confrontation à la réalité (trouver un travail et devenir « clean » pour récupérer son enfant).

Emily est donc junkie et, après la mort de son ami (le père de son fils), est rejetée du monde de la musique qui l’a toujours considérée comme une véritable chieuse porte-poisse. Elle décide donc de quitter le Canada et de retourner à Paris où elle vivait avant Lee. Elle y retrouve son passé et ses anciennes relations. Encore sous le choc de la mort de son compagnon, elle continue de s’abrutir de drogues. Le film épouse parfaitement son personnage. La caméra se fait tour à tour sinueuse (et le réalisateur a l’art de la faire tourner autour des personnages au travers de vitres ou de murs avant d’arriver jusqu’à eux), chaotique (dans le restaurant où Emily travaille) ou encore sereine (lorsqu’elle est shootée). La mise en scène est en parfait accord avec l’évolution de l’histoire : pendant tout le temps où Emily est encore apathique, le film se montre relativement indolent. On est face à quelque chose d’assez lisse et retenu qui ressemble au comportement du personnage principal. Olivier Assayas, dans son traitement d’une histoire relativement simple (une femme qui perd son ami et qui veut se sortir de la drogue pour pouvoir vivre avec son fils), évite toute dramatisation artificielle, tout sentimentalisme (nulle trace de crises de manque par exemple). Et c’est là la principale force du film. Le pathos et l’émotion à outrance nous sont épargnés. Comme Emily qui demeure stoïque face aux coups qu’elle reçoit, le film occulte toute dimension émotionnelle exacerbée. Et quand Emily avance jusqu’à être à l’aube de sa vie nouvelle, le film change et joue davantage sur cette émotion jusque là contenue (très jolie scène où Emily parle devant l’hôtel avec son beau-père et où, pour la première fois, elle sourit vraiment).

Côté personnages secondaires, Olivier Assayas parvient à capturer leur essence. Ils ne sont pas beaucoup présents car Maggie Cheung retient la plupart des moments du film. Malgré tout, en quelques plans, ces personnages qui visitent le film arrivent à s’installer et à laisser une jolie trace. Ainsi, presque instantanément, les personnages d’Irène, d’Elena et de Sandrine ont une réelle présence. Jeanne Balibar est formidable en superwoman lunaire (rares moments drôles d’un film qui n’est pas vraiment là pour rigoler, il faut le dire). Son jeu est empreint d’un sens de la rupture qui laisse deviner un cynisme sans nom. Béatrice Dalle, quant à elle, réussit à véhiculer quelque chose de très sincère avec une interprétation sobre et laisse entrevoir la profondeur d’une vieille amitié. Laeticia Spigarelli, qui interprète le rôle de Sandrine, est très juste dans son personnage direct d’ancienne fan d’Emily (« vous avec reçu des coups. Vous en avez donné aussi. C’est pour ça que je vous respecte et pas Irène Paolini. »). Et puis surtout Nick Nolte, formidable d’humanité (son personnage est d’ailleurs le seul avec celui d’Elena à instaurer une véritable relation avec Emily).

Clean est le beau portrait d’une jeune femme en devenir. Avec une mise en scène à la fois stylisée et simple (non, ce n'est pas paradoxal), le film parvient à conférer à cette histoire quelque chose de touchant, une aura. Et puis c'est aussi l'occasion de voir le très beau jeu de Maggie Cheung. Un prix d'interprétation peut-être ?

laurence



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