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Loin de mon père (Harcheck mi headro)

Certain Regard
Israël / sortie le 25.02.2015


POSSESSION





«- Tu ne prends plus de plaisir à manger.»

L’histoire n’est pas agréable. On suit le quotidien d’une jeune femme au foyer, plantureuse. Le début jouant de mystères, nous la présente en couple avec un homme plus âgé. On apprend rapidement que c’est son père, et non pas son mari. Ils dorment ensemble.

Keren Yedaya nous inflige alors toutes les atroces souffrances intimes, de la perversion et la cruauté du père à la perdition de la fille. L’inceste n’est pas que caresse. C’est bien plus crû. Il la prend comme si c’était sa femme, il la prend pour sa femme. Il la bat, la viole aussitôt après. Soumise et cloîtrée, elle lui fait les ongles, la cuisine, l’attend. De nombreuses séquences qui s’étirent et nous ennuient. La violence est aussi verbale : il la hait quand elle est grosse, cherche à la rendre jalouse (car il est possessif). Et quand il la trompe, outrageusement, outrancièrement, il la sodomise pour qu’elle se calme. Merci pour ce moment. Psychologiquement, ça sonne juste. Mais la dureté est rapidement insupportable, assez vainement.

D’autant qu’elle ne se rebelle jamais. Boulimique, elle se goinfre de sucreries, pour oublier, pour se vider, pour ne pas être désirable, pour se détruire. Elle remplit son vide et remplit le frigo. Elle s’ouvre les veines quand il n’est plus là (et il la soigne). Complexée, alors qu’il déteste quand elle se néglige. C’est complexe et l’emprise dégénérant, tout devient assez binaire : le salaud et la proie.

Car il y a aussi une sorte de manipulation malsaine de la part de la réalisatrice, trop démonstratrice, dénonciatrice, qui dérange bien plus que les horreurs qu’elle filme. Cette complaisance est bien plus obscène que ce que nous voyons. Tout est en surdose. Et la monstruosité du père n’est jamais nuancée, au hasard, par de l’amour. Et la soumission de la fille n’est jamais, par exemple, expliquée. Ce serait une histoire d’otages avec syndrome de Stockholm, comme celles qui peuplent les faits divers, jamais, hormis peut-être dans une série américaine, nous n’aurions assisté à un spectacle si dégradant et si simplet.

Il y aura bien une rencontre, qui va évidemment sauver cette « gamine » de ce cauchemar. La rendre plus sereine. Mais cela ne sauvera pas la sensation désespérante que produit ce film dont l’amertume donne surtout la nausée.

vincy



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