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Miele

Certain Regard
Italie


A MORT





«- Je m’en remets à vous. C’est la première fois que je meurs. »

Pour ses premiers pas derrière la caméra, Valeria Golino s'aventure dans les limbes, entre la vie et la mort. Son héroïne (sublime Jasmine Trinca avec des airs de Laura Morante, séduisante et tragique) aide dignement, sagement les gens qui veulent basculer dans l'au-delà à un instant x.

Miele c'est elle. Jeune femme un peu farouche, absorbant les derniers souffles de vie de ses clients, contaminée par tant de douleur. Entre la peur du gendarme - son métier est clandestin, ses activités criminelles - et son désir d'apaiser les souffrances, elle essaie de vivre, banalement, et de trouver le goût à la vie, difficilement. Elle est sauvage, froide, charmeuse…

Pourtant ce n'est pas un film à proprement parler sur l'euthanasie, une thèse sur le sujet. Il s'agit plutôt, ici, donner un sens à la vie quand on côtoie trop souvent la souffrance, les angoisses et la mort. Le procédé narratif est un peu trop simple pour nous séduire complètement : cette rencontre avec un vieil homme désabusé, pour ne pas dire désenchanté par l'existence, donne lieu à quelques lapalissades sur le thème, et aboutira à un enchaînement de compassion, pardon, et libération.

La qualité du film, outre sa comédienne principale, vient d'ailleurs. Valeria Golino démontre bien plus qu'un désir de filmer : l'image est pensée, soignée, esthétique, les cadrages sont réfléchis pour souligner les sensations du personnage ou la beauté des situations. Même ce blues électro n'est pas anodin pour accentuer la vitalité et la mélancolie de la jeune fille. Golino sait mettre en image l'énergie et le découragement de cette faiseuse de mort. Tout comme elle installe rapidement des climats, apaisants ou tendus.

Dommage que le film ne soutienne pas ni son rythme ni son propos sur toute la longueur. Golino se sent obligée de rajouter des ingrédients inutiles, de répéter quelques images sans intérêt sur un quotidien trop creux. Le film s’étire un peu trop par ces quelques remplissages qui distraient pus qu’ils n’étouffent. On aurait aimer partager l’impression de panique qui habite Miele. Etre en phase avec son cœur et ses battements accélérés.

Quant au sujet, on comprend bien que Golino milite pour une fin digne, mais elle tente une dialectique qui pourrait nous faire croire le contraire. C’est finalement dans le portrait de deux solitaires qu’elle touche le mieux le spectateurs. Lucides et sensibles, isolés et blasés, c’est dans leurs rencontres que le souffle reprend. Ainsi, le vent fait virevolter un papier qui peut nous faire croire que les esprits se rejoignent. Miele est un étrange premier film mortifère, où les vivants sont en deuil et les morts bien plus vivaces.

vincy



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