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Carandiru

Sélection officielle - Compétition
Brésil


Cellules de crise





«- Les partenaires. Combien ?
- Environ 2000.
»

Nous voici loin de la Samba et des plages brésiliennes. En un plan, Babenco situe l’action : en pleine métropole, dans un carré de bâtiments grisâtres et coupés des environs. Un no man’s land lamentable, inhumain où s’entassent des jeunes et des vieux, des pédés et des racailles, des tueurs (pour régler un compte) ou des criminels (pour se venger). Le film révèle, en creux, une justice absente, une médecine dépassée, un système pénitencier d’un autre temps. Derrière les barreaux ou à l’extérieur, la violence est enragée, agressive, permanente.
Ce portrait d’un Brésil pas franchement de carte postale forme le cœur du film le plus réussi de Babenco depuis des lustres. Baroque, flamboyant, excessif, le film renoue avec la culture brésilienne tout en s’adaptant à des codes narratifs plus classiques (pour ne pas dire occidentaux). Ce n’est donc pas la longueur qui empêche d’adhérer à cet immense reportage cinématographique mais l’horreur, parfois insupportable à voir. Chaque cellule, chaque prisonnier révèle l’atrocité de leur condition ou de leur monstruosité. On y trouve des pères de famille, leurs fils, les frères… Pourtant Babenco, en optant délibérément pour un parti pris favorable aux prisonniers, nous les fait prendre en pitié. Traités comme des bêtes, cela donne à réfléchir sur notre « civilisation ». Il nous fait vivre quelques flashs backs (quelques crimes, cliniquement filmés) pour illustrer la violence naturelle de la société brésilienne actuelle. Ces retours en arrière permettent surtout de comprendre pourquoi ils sont mieux dans une prison qu’en liberté.
A condition que les prisons soient vivables, humainement respectables. Le point fort de cette fiction inspirée de faits réels est bien d’inventer des vies et des meurtres pour arriver à un carnage évident. En refusant cette réalité, les spectateurs seront parfois choqués. La réalisation n’hésite pas à exhiber l’effroi, nous faire deviner les pires sévices, pour comprendre la folie des hommes, et notre responsabilité. La toute dernière demi heure nous livre ainsi le fait divers réel sans concessions. Babenco offre même quelques plans magnifiquement inspirés et visuellement sublimes.
Mais il manque le lyrisme et la furie des polars récents brésiliens. C’est un cinéma un peu sage, versant trop dans le témoignage, rapprochant trop d’un reportage. Si son découpage, son scénario et ses acteurs le sauvent, la réalisation hésite trop à marquer son empreinte, à porter son style. Carandiru n’a pas la force et l’âpreté nécessaire pour qu’il reste un grand film. L’émotion est factuelle. Les histoires anecdotiques. Ce bagne est un enfer trop visuel et passez sensitif. Il manque l’odeur du sang qui aurait du nous faire vomir devant tant de souffrance. En quelques sortes, le film ne manque pas de cœur, loin de là, mais où sont le corps et sa chair ?

(Vincy)

vincy



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