Choix du public :  
 
Nombre de votes : 269
 












 
Partager    twitter



festival-cannes.com

 

Fair Game

Sélection officielle - Compétition
USA


P MACHINERY





«- Tu crois que je te mens ?
- C’est ton métier.
»

P comme propagande. P comme profilération. P comme Plame, prénom Valérie. Doug Liman avait un matériau en or noir pour retracer le scandale qui a révélé l’identité d’une brillante agent de la CIA au nom de l’intérêt national. Elle avait reçu le message clairement : DDF. Défense de foirer. Liman n’a pas complètement foiré, mais il a franchement déçu. De manière assez fade, il a mis en scène la déflagration causée par l’Administration Bush contre le couple Plame-Wilson. Certes, c’est efficace, mais c’est léger.

En une heure quarante cinq, tout est passé en revue, superficiellement, avec mouvements de caméras tremblants pour faire croire à une action qui n’existe pas. Il aurait pu ambitionner, avec un tel sujet, une œuvre comme Traffic de Steve Soderbergh ou JFK d’Oliver Stone. On se retrouve avec un film assez formaté, facilement oubliable et sans consistance réelle.
Bien sûr, pour un public qui ne doute toujours pas du bien fondé de la guerre en Irak, Fair Game peut être un élément de plus pour leur faire comprendre à quel point la Maison Blanche les a manipulé. Cependant, la complexité de l’histoire réelle est simplifiée par des sauts de puce d’une époque à l’autre, des explications expédiées et des archives de télévision agrégés.

Tout n’est pas raté. Quelques phrases chocs résument bien l’intention du réalisateurs, et sans doute des acteurs, de vouloir faire preuve de pédagogie sur les valeurs d’une véritable démocratie : le droit de s'opposer, et ad minima, de s’interroger. Rien n’est pire qu’un gouvernement qui essaie d’imposer sa loi, et ses certitudes. Le spectateur qui, lui, est certain qu’il n’y avait pas d’armes de destruction massive, se désintéressera de l’argumentaire. Mais il pourra se passionner pour l’une des forces du film : la désinformation et déshonneur des journalistes. Le séquences les plus marquantes sont bien celles où le journaliste ne garde plus la distance nécessaire requise pour appréhender une telle affaire, mélangeant ainsi ses opinions (plutôt populistes) et son pouvoir (illégitime).

Mais le véritable intérêt de Fair Game, c’est son couple. Ou plutôt la manière dont deux « intelligences » se respectent, parviennent à s’équilibrer jusqu’au point de rupture, c’est à dire quand l’intérêt national (la démocratie) l’emporte sur la cellule familiale. Là encore, c’est assez mal exploité cinématographiquement, trop hollywoodien pour nous convaincre complètement, mais Sean Penn comble toutes les failles avec un personnage forcément valorisant, puisque intègre. « Ils ont menti, ça c’est la vérité. » dit-il. Et il ne peut lutter contre la pulsion de l’écrire. Cela produira le déclic de l’affaire : la mise à nue publique d’une valeureuse agent au service de l’Etat, du jour au lendemain traînée dans la boue, pour protéger les mensonges du Président. Les rôles s'inversent alors. Le père au foyer, revenu à l’ombre après une décennie diplomatique flamboyante, devient vedette des plateaux télé. Tandis que la femme d’action se mue en desperate housewive. Le couple, alors, se désintègre, déséquilibré par ce nouveau rapport de force.

La morale sera sauve. Valérie Plame apparaîtra dans le générique de fin en train de témoigner devant le congrès pour clamer sa vérité, après avoir accepter, finalement, que le métier de sa vie était du passé. Mais, en 2010, le film arrive trop tard pour nous déranger. Doug Liman aurait du réaliser une enquête plus documentée que cinématographique pour nous emballer avec un fait divers qui ébranler les hommes invincibles de cette époque. On aurait aimé que nos neurones soient stimulées par les faits et non pas noyées par les images.

vincy



(c) ECRAN NOIR 1996-2017