Choix du public :  
 
Nombre de votes : 226
 












 
Partager    twitter



festival-cannes.com
Interview de M. Amalric
site internet du film

 

Tournée

Sélection officielle - Compétition
France


BIUTIFUL





"Ça met du temps pour apprendre à aimer son corps"

Avec Tournée, Mathieu Amalric capte une énergie plus qu'il ne raconte une histoire. Mais probablement le savait-il dès le départ, d'où la relative banalité de son intrigue, la dégringolade d'un producteur paumé, mi-séducteur, mi-loser, qui se retrouve brutalement confronté à son passé... et à ses échecs. Malgré le côté flamboyant du personnage interprété par Amalric lui-même, tout ce qui ne se rapporte qu'à lui finit par être pesant et décousu. D'autant que l'on ne comprend pas bien ce qui a pu lui arriver auparavant, et qui justifie l'hostilité de ses anciens amis.

Heureusement, dès qu'il se recentre sur le vrai sujet du film, le new burlesque et ses éblouissantes interprètes, Tournée fait mouche. Déjà, ses actrices sont merveilleuses : épanouies, décomplexées, libérées et sexys, elles incarnent des femmes qui demeurent fragiles mais n'en ont pas moins leur destin en mains. Même si ce dernier est âpre et escarpé, c'est celui qu'elles ont choisi et qu'elles assument. Sans l'aide ni le consentement des hommes.

Et puis il y a une vraie vitalité dans la manière dont Amalric filme les différents numéros (pour la plupart passionnants à regarder) mais également les à-côtés : coulisses, répétitions, préparatifs... Il parvient à nous englober dans cette tournée tantôt un peu cheap, tantôt sublime. Il excelle dans les petites choses, presque des détails : les conversations entre filles, les bars d'hôtel, les voyages en train... On perçoit avec acuité l'ambiance, l'énergie nécessaire à ce type de périple qui s'autoalimente, et n'a d'autre but que lui-même.

On aime également la manière dont le cinéaste observe ses personnages, faisant de la caméra un spectateur supplémentaire du spectacle mais aussi des coulisses : le producteur qui observe les danseuses et les danseuses qui épient le producteur. Il y a du Cassavettes en lui. Un brin d'Almodovar. Un documentaire un peu "roots" aux allures de films des années 50. Il y a là, surtout, un jeu de regards chargé d'émotion et d'intensité qui apporte un enjeu captivant au film. Dans le fond, on se moque de savoir si la tournée pourra ou non passer par Paris. Ce qui compte, c'est qu'elle existe et qu'elle perdure, lieu de refuge pour les artistes et leur pygmalion raté, famille totalement recomposée qui n'en est que plus belle et plus solide.

MpM



(c) ECRAN NOIR 1996-2017