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La Princesse de Montpensier

Sélection officielle - Compétition
France


LE COEUR A SES RAISONS





"- C'est une brute comme les autres, qui n'a encore aucune réputation, ni bonne, ni mauvaise."

Bertrand Tavernier signe un film classique, ce qui en soi surprend. Pour deux raisons. La première est que cet immense cinéaste français avait l'habitude de détourner les genres avec son style. La deuxième est que ce classicisme étouffe son oeuvre dans son essence même : la passion amoureuse. On aurait aimé qu'il y ait autant d'ardeurs dans les combats (admirablement filmés, comme dans Capitaine Conan) que dans les battements de coeurs, que les rebondissements amoureux nous fassent autant vibrer que les retournements historiques. Mais, sans doute contraint par un scénario magnifique, des dialogues fins et précis, le réalisateur ne parvient jamais à donner un souffle épique à cette Princesse ballotée par l'Histoire et ses hommes.

Mélanie Thierry est filmée comme un fantasme (assez chaste ceci dit, les effusions charnelles étant, à l'américaine, moins barbares que les affrontements sanglants des batailles). Une photographie qui obsède ses courtisans, et, rôle oblige, la laisse à l'écart des décisions qui régissent sa vie. En mal d'instruction, elle apprend. Dotée d'une curiosité et d'une intelligence , elle se libère. Magnifique séquence, où elle parcours la France à cheval fiévreusement jusqu'à la sueur libératrice et l'épuisement salvateur.

Cependant, son visage de porcelaine ne semble pas atteint par ses tourments. Seul Lambert Wilson donne de bout en bout une intensité dramatique à son personnage, le plus intéressant de tous. Si Tavernier s'évertue à dépeindre les trois autres séducteurs (tous beaux à voir) avec une rigueur méritoire, jamais ils n'ont l'occasion de défendre leur caractère autrement qu'à travers le regard ou la parole des autres, même s'ils apportent une composition plus subtile et historiquement fidèle que dans de nombreux films équivalents.

Ce film étrangement distant ne manque cependant ni de rythme, ni de fougue. Seul le désir est absent. A l'inverse de La Reine Margot (même époque), il est plus convainquant dans son propos historique et sa sauvagerie belliqueuse que dans la folie amoureuse. Tavernier n'oublie heureusement pas la dimension cinématographique de son oeuvre : de la musique de Philippe Sarde aux décors, des détails sur le quotidien de l'époque à l'aspect moral qui hantait les esprits libres et faussement soumis, il livre un film cohérent, où les sacrifices, manigances, péchés, et autres opportunismes font de ce jeu de pouvoir et de séduction un feuilleton dépaysant.

L'orgueil, les perfidies et les impudences semblent alors plus anecdotiques que l'aspect document" des coutumes étranges (la lune de miel est un grand moment) de ces Seigneurs.
Il manque finalement une profondeur de champ : celle des sentiments.

vincy



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