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intervention divine
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Le temps qu'il reste

Sélection officielle - Compétition
France/Palestine / sortie le 12.08.2009


CHRONIQUES D’UNE APPARITION





«- De la poudre explosive trouvée sous le lit du gamin.
- C’est du Bourghoul !
»

Ce n’est pas qu’une question de gags.
Si Intervention Divine nous avait légèrement frustré c’était avant tout par la faiblesse de son fil conducteur qui ne tissait pas, entre des séquences trop proches du sketches, la fable pacifiste que l’on attendait. Au contraire, The Time That Remains, par son chapitrage équilibré et cohérent donne une force à ces fragments de mémoires et d’Histoire qui se mélangent. Les gags sont au service d’un conte historique où l’intime n’est jamais impudique et les symboles toujours discrets.
Elia Suleiman, héritier de Chaplin et Tati, a conscience de son jeu, de ce qu’il apporte à un plan. Mais le comédien, ici n’apparaît qu’au quatrième et ultime chapitre. Avant cela, il raconte d’où il vient. Son père, sa mère, la naissance d’Israël, et son amour du cinéma.
Son cinéma se délecte de ses absurdités, où la poésie prend souvent le dessus sur des vignettes pleines de dérision. Le film détourne ainsi les codes des genres axquels il fait référence avec un esthétisme soigné et une inventivité des situations. Un tank devient ainsi l’un des objets les plus comiques du cinéma, tout en signifiant bien la métaphore d’une surveillance ridicule des arabes par les israéliens. Cette parano permanente qui habite toute le scénario.
L’Histoire devient ainsi abstraite, se résumant à un dialogue court ou une image qui vaut mille discours. La reconstitution n’a rien de précis, il s’agit d’en donner l’impression. Chaque personnage résume à lui tout seul une opinion largement partagée par ses concitoyens, certains au bout du rouleau, d’autres beaucoup plus violents ou stratèges en herbe. Le désir de paix entre en conflit avec les fauteurs de troubles, et les faits historiques nous sont rappelés par la télévision.

Les époques se suivent ainsi : naissance d’Israël, fin des années 60, début des années 80 et aujourd’hui. Du père au fils Suleiman, de la résistance passive au militantisme actif. A chaque transition, le cinéaste répète les situations. Au chapitre un, le père finit jeté d’un mur, au suivant il est arrêté, le troisième il meurt. Il disparaît donc. La mère n’apparaît qu’au chapitre deux, écrivant une lettre à son amie Nadia. Le chapitre trois s’ouvre par une scène similaire. L’art de Suleimain, ici parfaitement maîtrisé, c’est bien de répéter les scènes, sans ennuyer, en les variant. Ce n’est jamais tout à fait la même chose. Le garçon qui jette le plat de lentilles dans la poubelle n’est pas filmé avec le même point de vue. Les pêcheurs nocturnes qui se font surprendre par la police subissent leur interrogatoire avec lassitude, pourtant aucune des séquences ne sera identique. Le cadre et l’écriture apportent toujours un grain de folie supplémentaire. La direction artistique rajoute sa dose avec ce grand choix de pyjama ou ce vaissellier qui n’est jamais le même.
A cela, le réalisateur ajoute du temps, celui de l’attente, et du silence, qui accentuent l’aspect grotesque des choses.
Si les temps changent, si la persécution n’est plus la même, si les révoltes sont différentes, le regard de Elia est toujours aussi attéré, affligé, ouvert. Clown triste en errance, son personnage muet observe un monde qui lui échappe, et son monde qui le rassure. Le chapitre ultime, qu’il traverse avec grâce, fourmille d’idées drôles (les retrouvailles des amis qui se claquent la bise), de musiques de cinéma revisitées (en sifflant, en karaoké ou en version techno), et d’images mémorables, comme ce saut à la perche pour faire le mur, celui qui sépare Israël de la Palestine. Mur inutile dont on comptera toujours le temps qu’il lui reste pour tenir debout.

vincy



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