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Le ruban blanc (Das Weisse Band)

Sélection officielle - Compétition
Allemagne


DOGME VILLE





"Je ne sais pas ce qui est le plus triste : votre absence ou votre retour."

Pour son premier film en allemand depuis Funny games en 1997, Michael Haneke dépeint une société étouffante où l’individu ne peut jamais dévier de la voie choisie pour lui sans risquer la damnation éternelle. Uniquement régi par des dogmes religieux stricts et sévères, ce microcosme érige la punition corporelle au rang de purification nécessaire pour expier ses pêchés et place chacun sous le regard inquisiteur non pas d’un Dieu de miséricorde, mais de ses disciples, des hommes froids et durs incapables de manifester émotion ou empathie. A moins que cela ne leur soit tout simplement interdit. Ainsi, lorsque son jeune fils lui offre son oiseau, le pasteur ne peut que lâcher un glacial "merci". Avant de fondre en larmes dès que l’enfant a quitté la pièce.

Ainsi corsetés dans un carcan de conventions et de règles, les adultes s’étiolent, voire s’asphyxient. Ils ne parviennent pas à respecter leurs propres lois et cachent sous une hypocrisie sévère leurs propres transgressions, forcément terribles : inceste, sadisme, maltraitance… Ils échangent aussi avec une absolue lucidité leurs quatre vérités. Lorsque le médecin répudie sa maîtresse, déballant tout ce qu’il déteste chez elle, ou encore quand la baronne annonce à son époux qu’elle veut quitter le village pour toujours.

Mais le vernis finit toujours par se craqueler. Car en élevant leurs enfants dans l’obsession de l'innocence et la pureté (le fameux "ruban blanc"), ils ne peuvent qu’en faire des monstres à leur tour déchirés entre cet idéal inatteignable et la triste réalité, et bien décidés à observer avec rigueur les principes de "purification" de leurs aînés. Le propos d’Haneke n’est ainsi pas de réaliser un polar qui, à la fin, révélerait le nom du coupable, mais bien de montrer que la violence était inévitable, tapie plus ou moins profondément dans le cœur de tous les habitants du village. Peu importe qui est réellement passé à l’acte : s’il ne l’avait pas fait, quelqu’un l’aurait remplacé. D’autant que ce monde en décomposition est sur le point d’imploser avec l’arrivée de la première guerre mondiale. Véhiculant les pires haines et rancunes, il représente un terreau fertile pour le nazisme. C'est en effet la génération des enfants mis en scène dans le film qui deviendront, vingt ans plus tard, l’électorat d’Hitler, obsédé par la pureté et la rédemption.

Pour illustrer son propos, Michael Haneke a choisi un noir et blanc sublime qui fige l’intrigue dans son temps et apporte au film un esthétisme glacé. Ses plans presque fixes donnent l’impression de décomposer artificiellement le récit en une suite de photographies extrêmement composées, d’une beauté envoûtante. Cette maîtrise dénuée d’émotion reflète exactement l’époque et la société décrites, renforçant la sensation de contrôle et de rigueur. Un procédé radical, à la limite de l’expérience cinématographique, qui risque de générer une certaine frustration chez le spectateur. Celui-ci n’a en effet rien auquel se raccrocher pour mieux endurer cette confrontation brutale à l’obscurantisme le plus odieux : aucune esbroufe visuelle, pas d’effets mélodramatiques, même pas de couleurs… Comme s’il suivait les principes défendus par ses personnages, Michael Haneke joue la carte de l’austérité la plus dépouillée comme unique vecteur possible non pas de Salut, mais de Cinéma.

MpM



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