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Il divo

Sélection officielle - Compétition
Italie


DROIT DIVIN





"A part les guerres puniques, j’ai été accusé de tout ce qui est arrivé de mal en Italie."

Divin, c’est le terme idéal pour qualifier le nouveau film de Paolo Sorrentino, un portrait au vitriol de l’un des personnages les plus importants et les plus mystérieux de la vie politique italienne depuis la seconde guerre mondiale, Giulio Andreotti. Dès la séquence d’ouverture, on comprend que le réalisateur entend réinventer le film politique : musique tonitruante, montage accéléré, humour cinglant… il ne s’embarrasse ni de politiquement correct, ni de la componction accompagnant généralement ce genre d’exercice. Il dépeint ainsi sans complaisance les us et coutumes de la vie politique italienne, faisant de ses représentants des pantins éternellement suspendus à un fil qu’ils prétendent ne pas voir. Les lieux de pouvoir sont filmés tantôt comme des arènes, tantôt comme des théâtres comiques où l’on échange des propos acerbes. Même les processus judiciaires ont des airs de mascarade.

On se régale, bien sûr, de la manière dont Sorrentino tourne tout cela en ridicule, mais également de sa fausse nonchalance à l’égard des assassinats et surtout de l’intelligence et du cynisme de ses dialogues. Presque chaque réplique est un aphorisme hilarant méritant de devenir culte : "Je n’ai pas de vices mineurs", "Les prêtres votent, Dieu non", "J’ai conscience d’être de taille moyenne, mais si je regarde autour de moi, je ne vois pas de géants"… Pas besoin de psychologie ni d’éléments biographiques majeurs, voir Andreotti (magistralement interprété par un Toni Servillo au sommet de son art, à la fois impassible et inquiétant, sinistre et hilarant, antipathique et adorable) asséner avec gourmandise ce genre de phrases nous en apprend plus sur lui que bien des faits objectifs. En quelques traits de caractère, le réalisateur concentre brillamment toutes les contradictions du personnage.

Bien sûr, si l’on n’est pas très au fait de la vie politique italienne, il est parfois difficile de saisir les allusions foisonnantes et le débit de mitraillette des protagonistes, mais la richesse visuelle du film permet de ne jamais décrocher. Sorrentino ne soigne en effet pas seulement le fond, il apporte également un soin méticuleux à la mise en scène et à la musique. Les mouvements amples et généreux de la caméra s’avèrent notamment d’une rare élégance tandis que la composition minutieuse des images, en plus d’être esthétique, donne au film une dimension burlesque tout à fait inattendue. Certains plans larges proposent ainsi plusieurs niveaux de lecture selon que l’on regarde le premier ou le second plan. Lunaire et imperturbable, Andreotti est une sorte de Buster Keaton désabusé et roué, à qui les objets et les éléments naturels donnent parfois du fil à retordre. La bande-son dynamique et variée (de Sibelius au groupe The Veils) apporte systématiquement un contre-point à l’image, qu’il s’agisse d’en renforcer l’humour ou de démentir une certains solennité, et donne au film un rythme qui va à cent à l’heure. Comme quoi la politique, même en Italie, peut parfois être brillante, drôle et passionnante.

MpM



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