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L'homme de Londres

Sélection officielle - Compétition
Hongrie


L'HOMME DE L'OMBRE





"- Quoi de neuf ?
- Toujours la même chose.
- Et la famille ?
- Comme d’habitude.
"

Ouverture coup de poing : un plan séquence d’un quart d’heure suivant les allers et venues des marins dans le port et sur le pont d’un bateau amarré là depuis un poste de surveillance surélevé. La virtuosité de cette première scène laisse pantelant d’admiration, tant les mouvements de la caméra semblent fluides et déliés, d’une précision chirurgicale. La musique presque planante qui accompagne la scène (des cordes douces et répétitives) parachève le chef d’œuvre : on se laisse captiver puis conquérir sans résistance.

Deux heures plus tard, lorsque le film se termine, l’enthousiasme est quelque peu retombé. La mise en scène n’est pas en cause, qui reste d’une beauté parfaite, ni le parti pris esthétique qui se tient de bout en bout. Le noir et blanc sublime l’image, l’ombre et la lumière se répondent dans de délicats jeux de clair-obscur, la composition de chaque plan évoque un tableau expressionniste. Le mot est lancé, qui vient forcément à l’esprit (dans la lignée de l’expressionnisme allemand) devant cette adaptation épurée du roman éponyme de Georges Simenon. Dans cet univers d’ombres fuyantes où les moindres sons semblent feutrés, la réalité n’est plus qu’un mot changeant au fil des plans et des percées de lumière. La ville elle-même est stylisée à l’extrême, avec ses ruelles étroites et interminables où les silhouettes reflétées sur les murs semblent gigantesques.

Non, ce qui gâche considérablement le plaisir du spectateur face à L’homme de Londres, c’est la désagréable sensation qu’il est projeté en demi-vitesse. Tout est d’une lenteur étudiée, même les dialogues semblent prononcés au ralenti. Chaque plan est étiré au-delà non pas du nécessaire, mais bien du supportable. On a ainsi l’impression que personnages et actions s’engluent dans une sorte de cauchemar tout éveillé, comme ces rêves où l’on essaie de courir sans parvenir à avancer ou de parler sans articuler un mot. Une telle radicalité, bien qu’admirable, condamne le film à n’être qu’un très bel objet cinématographique un peu vain dont la torpeur risque d’endormir quantités de spectateurs peu amateurs de défis artistiques…

MpM



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