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Johnnie To

 

Triangle

Sélection officielle - Séances spéciales
Hong Kong / projeté le 17 mai / sortie le 12.12.2007


FEINTE TRINITE





"Si, justement, on a le choix."

Après les films à sketches, les réalisations à quatre mains et les œuvres collectives, voici ce qui est probablement le premier cadavre exquis cinématographique, soit un long métrage racontant une seule et même histoire dont chaque partie est réalisée par un cinéaste différent. A l’origine de cet excitant projet, on retrouve trois des réalisateurs les plus en vue de Hong Kong : Johnnie To (Election1 et 2, PTU), Ringo Lam (City on fire) et Tsui Hark (Time and tide). Sur le papier, le défi est plaisant, quoique non dénué de risques, à commencer par celui de l’incohérence ou du déséquilibre.

Et dans les faits, c’est vrai, les trois parties sont loin d’être égales. La première, celle de Tsui Hark, porte clairement sa marque de fabrique : mise en scène stylisée et clipesque, parfois jusqu’à la confusion, histoires entremêlées qui se répondent, rythme soutenu et efficace. Il y étudie le rôle et l’influence de l’argent dans la vie de trois amis au bord de la faillite, et à qui on fait miroiter l’existence d’un trésor. Section enlevée, avec quelques scènes d’action pour faire monter l’adrénaline et le minimum syndical de violence.

Ringo Lam, lui, insiste plutôt sur l’aspect vaudeville des relations entre les personnages. La femme de l’un a une aventure avec un flic qui paye le meilleur ami de l’infortuné mari pour s’en débarrasser, créant plusieurs quiproquos et effusions de sang. C’est le volet le plus mélodramatique et de loin le moins intéressant. L’intrigue patine, le grotesque s’en mêle et l’on trouve le temps long.

Heureusement, le dernier segment est signé Johnnie To, qui reprend les choses en mains avec sa virtuosité et son humour légendaires. Le final, de nuit, près d’un marais où barbotent des alligators, est une merveille d’inventivité et de renouvellement du genre. Des chefs de gang, un flic véreux, un garagiste roublard à moitié débile (le fidèle Lam Suet, inimitable) et la bande d’amis fauchés ont affaire à un simple policier qui passait par là et entend les empêcher de s’entretuer. Plusieurs paquets blancs identiques mais aux contenus évidemment divers ont également leur rôle à jouer dans cette mascarade. Johnnie To réintègre fulgurance et légèreté, tout en faisant la part belle à la loyauté et à l’honneur.

Au contraire de Tsui Hark ou de Ringo Lam, pour qui l’argent apporte forcément la dissension au sein d’un groupe, To prouve que certaines valeurs lui restent supérieures. Un peu angélique de la part du réalisateur de Fulltime killer ou PTU ? Peut-être, mais après la noirceur désenchantée des deux Election, cela fait du bien de voir que le réalisateur a gardé malgré tout un peu d’espoir en l’être humain. D’autant que cette dernière partie en forme de pied de nez scelle la réussite du film et confirme l’intérêt de l’expérience, au-delà du simple exercice de style. Trois réalisateurs, trois tons, trois façons de réinventer le cinéma avec talent. Normal, le triangle, avec ses trois côtés, est le symbole de la perfection.

MpM



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