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in the mood for love
happy together
2046

 

My Blueberry Nights

Sélection officielle - Ouverture
Chine / sortie le 28.11.2007


LES NUITS AMERICAINES





"Ces derniers jours, j’ai appris � me défier des gens. J’ai heureusement échou�."

Faire la route avec Wong Kar-Wai ne se refuse pas. Bien sûr, il faut accepter de flâner et renoncer � l’itinéraire le plus direct, la destination ne comptant pas tant que les rencontres fortuites, mais c’est de ces chemins de traverse que le réalisateur tire ses plus belles histoires. Chez lui, les êtres ne font jamais rien d’autres que se croiser, se chercher et se fuir, et ses héros américains n’échappent pas � la règle : un couple mari� qui s’entredéchire, une jeune femme imitant en tout le père avec lequel elle est fâchée, un homme qui attend patiemment de revoir son ancienne petite amie pour enfin tirer un trait sur leur histoire� Aux Etats-Unis comme ailleurs, on assiste, impuissant, aux malentendus cruels et aux bonheurs immenses qu’engendre la valse des sentiments.

Le cinéaste hong-kongais est en effet parvenu � s’approprier parfaitement ce décor américain que l’on connaît par cœur. Les longues routes droites poussiéreuses, les bars enfumés et les casinos aux airs d’Eldorado ne semblent jamais plaqués sur l’intrigue, qui est elle si typique de son cinéma habituel, mais en sont partie prenante. Peu importe, alors, qu’il donne parfois l’impression de se répéter, voire de s’auto citer. Une cigarette fumée sur un trottoir rappelle fugitivement In the mood for love, les conversations de part et d’autres du bar évoquent Chungking Express, même ces wagons de métro entraperçus ont un petit quelque chose du train de 2046� et pourtant Blueberry nights n’a rien d’une synthèse.

Ce nouveau décor offre au contraire une nouvelle dimension a l’étude que Wong Kar-Wai fait des êtres et des sentiments, plus moderne et plus universelle. De même que la version revisitée � l’harmonica du Yumeji's Theme (celui d�In the mood for love) fait le pont entre les continents aussi bien qu’entre les films ou les personnages, et apporte aux scènes qu’il illustre une mélancolie un peu complice. Un seul regret : que Wong Kar-Wai profite de cette complicit� acquise pour flirter avec l’ostentatoire. Ainsi, la séquence de Memphis ne fonctionne pas, trop longue, trop pétrifiée par les excès de style (la démarche de Rachel Weisz, sa confession avinée) et trop engoncée dans les clichés (les nouveaux départs forcément pleins d’espoir). Ce maniérisme chez les comédiens contrastent avec l'effacement de Norah Jones, observatrice et contemplative. Ces effets appuyés de leur jeu pourrait être vu comme le fantasme de la jeune femme. Ses songes l'emmène dans des stéréotypes voulus, afin de se reconstruire, d'apprendre la connaissance de soi même. Ils sont des miroirs peu réels d'un monde presque onirique tant il est cinétique.

Le duo Norah Jones � Jude Law est bien plus efficace, tout en allégorie et en douceur. On croit � ces longues nuits de connivence autour d’une tarte aux myrtilles injustement délaissée et de trousseaux de clefs abandonnés, derniers vestiges de passions amoureuses éteintes. Le jeu des lumières, le travail de l’image et du son (ces passages du silence le plus complet, celui qui force � retenir son souffle, � la voix brûlante de Cat Power) donnent une intensit� électrique aux moindres gestes des deux personnages. Jusqu'au baiser qui commence et achève tout, acte presque impudique d’une sensualit� vibrante. Entre les deux, les scènes de casino qui opposent Norah Jones � Natalie Portman filent la métaphore du poker (qui bluffe ? qui dit la vérit� ?) et apportent � la fois oxygène, vitalit� et sens. Ni angélisme � tout crin, ni noirceur extrême, les deux héroïnes prennent ensemble une leçon de sociologie tout autant que de vie : la réalit�, surtout chez Wong Kar-Wai, est forcément dans un entredeux un peu flou, comme cette atmosphère brumeuse et irréelle dans laquelle évoluent ses personnages. Gestes furtifs ou désir frein�... En saisir la totalit� est impossible, mais on peut en capter l’essence. Film après film, le réalisateur fait-il autre chose que tenter de fixer cette essence sur pellicule ?

MpM



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