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Les lumières du faubourg (Laitakaupungin Valot)

Sélection officielle - Compétition
Finlande / sortie le 01.11.06


L'HOMME QUI EN (S)AVAIT JAMAIS ASSEZ TROP





"Tu es déjà complice. Trop tard pour regretter."

La quête d'amour encore et encore. Jusqu'à sacrifice. Une excellente dose d'humour. Une autoroute, droit devant nous, tant si l'on regarde les sujets comme les objets de ce troisième opus de la fameuse trilogie signée Kaurismaki, après Au loin s'en vont les nuages et L'homme sans passé : cette incontournable voie à sens unique qu'est la solitude.

Kaurismaki en marge, Kaurismaki romantique, Kaurismaki fataliste. Le cinéaste décape ses personnages, les immerge dans un monde merveilleux - si merveilleux qu'il en sera inéluctablement sali - les passe à tabac, les conduit à l'errance jusqu'à intimes dislocations... Les intérieurs du cinéaste nous régaleront de leurs beautés, les extérieurs nous ramèneront à notre réalité. Voyagez, de ce lumineux rideau rouge à ses froides bâtisses ocres, dans le sillage de Chaplin ! Personnages, phototypes, plans séquences ostensiblement référencés, composition esthétique, dialogues : Hitchcock et Hollywood seront ici omniprésent. Reste que la patte d'Aki Kaurismaki, délicieusement unique, ne nous quittera pas non plus une seconde.

Thriller, voire espionnage, love story, discours sur nos contemporains, sur l'art, le cinéma, sur le phénomène rock, les clivages sociaux, l'argent, l'art de séduire, sur la timidité et la maladresse masculine, mais aussi sur la soumission féminine, de la ménagère à la femme fatale macquée : le cinéaste s'amusera avec un impressionnant éventail de références culturelles, sociologiques, historiques, littéraires, cinématographiques, picturales et autres variations stylistiques, des arts déco à la mode. Tout y est ! Décors sublimés obligent : Kaurismaki ira ci et là, jusqu'à semer confusion des genres et époques. Imaginez LE glamour dans tous ses états, a fortiori en matière d’arnaques et femmes fatales (Kelly, Gardner et Garbo mélangées), mixé à ces pépites de dialogues et drôleries dont seul Kaurismaki a le secret et arrosés du meilleur d'Hitchcock. La mécanique est parfaite, immanquablement servie par le rythme et la courte durée de cette toile (1h20, c'est très peu), avouons toutefois un brin inégale sur son dénouement.

Une histoire d'escroquerie, de manipulations, vices, et dépendance, à pleines fins cathartiques. De l’aveuglement au mutisme de ses personnages, en passant par l’impasse et le sacrifice à corps perdu, Kaurismaki nous offre un épatant cadavre exquis. Apologie de l’irréparable ! Ou comment les failles de nos systèmes et modèles se révèlent jubilatoires ? Drôle de toile ! A la fois perspicace et de toute beauté ! Un audacieux opéra, chanté sur cette mélodie de l’absolue solitude des être lorsqu’ils sont arrivés à point de non retour. Il est parfois bon de goûter à ces douces-amères marques de cruautés pour se détacher de la vanité de notre existence. Lumières !

Sabrina



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