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Selon Charlie

Sélection officielle - Compétition
France / sortie le 23.08.06


CHEMINS DE TRAVERSES





« - T’es croyante toi ?
- J’aime bien voir le pape.
- Je pensais qu’il y avait que des communistes par ici.
»

Il était le film français le plus attendu de la sélection officielle. A l’arrivée, on déchante (on se raccroche d’ores et déjà au film de Giannoli), tant Nicole Garcia semble avoir perdu tout sens de la mélodie, tout sens de cette fine et toute féminine psychologie qui a fait sa patte devant comme derrière la caméra. Selon Charlie ? Entendez selon un pré-adolescent à la limite de l’autisme. En tout cas étonnamment peu loquace, bien que parfaitement interprété. Définitivement trop opaque pour cueillir notre intérêt… Ce sera là d’ailleurs bien tout le problème du film, totalement dissolu d’un personnage à l’autre, d’une sous-intrigue à l’autre. Le tout, sans liens apparents, sans fil conducteur digne de ce nom. Seule la cohérence de mise en scène – avouons, en elle-même très conventionnelle - viendra rassembler nos protagonistes et nous offrir un semblant d’ajustement, notamment (et fort heureusement!) sur la première moitié du film. Au final, il nous aura fallu trois bons quart d’heure avant de commencer à saisir les véritable enjeux de ce nouveau Nicole Garcia. Un pêle-mêle d’itinéraires masculins esseulés, qui s'avèrent (définitivement?) égarés. Le féminin s'est perdu en route. Sans piment, sans saveur, sans intrigues déployées sauf dénouement, saynettes et dialogues propice à rictus. Selon Charlie est décousu de fil blanc. Trop d'histoires tuent l'histoire. C’est déjà pas trop mal (et très mâle), considéré la voie que Garcia aura ici choisie; périlleuse et casse-gueule.

Le quotidien, comme il va et nous échappe. On tombe de haut, donc. Le non-dit, l’errance, le temps, les relations hommes/femmes (bien qu’ici effacées), le mystère, le secret … La cinéaste sera pourtant restée dans ses thématiques et ambiances de prédilection. Celles qui nous ont toujours intrigués. Reste qu’avec sept personnages à suivre en chassé-croisés, on ne peut pas croire au miracle. Tous nos remerciements à Jean-Pierre Bacri qui nous régalera de ses coutumières touches sarcastiques en Maire sans étiquette (donc de droite). Quant à Vincent Lindon, il restera Lindon… Celui que l’on connait au fond du saut, en crise, un brin passif, un brin dévoué chien battu. En revanche, et à notre grand dam, le scénario ne lui aura aucune opportunité de se laisser aller à deux ou trois pics d’ambiance. Lindon avait pourtant ici beaucoup à apporter. Pour le reste, la présence spectrale et séduisante de Benoït Magimel ne prend du relief qu'en présence de celle de Patrick Pineau, qui se demande ce qu'il est venu faire dans ce trou paumé qu'il a tout fait pour quitter. La dialectique savant riche / professeur pauvre reste hélas trop simpliste pour s'arracher de ses ibonnes intentions naïves. On ne dissertera pas non plus sur la multiplication de ces histoires et protagonistes sans véritable essence. Assurément, le point faible de Selon Charlie tient en ce principe qui consiste ici à pivoter stricto sensu autour de seules entités masculines. D’autant que désincarnées. Pas de quoi nous faire tourner la tête que ce manège à basse vitesse. Nicole Garcia aura voulu expérimenter quelque chose de plus linéaire : ce vague à l’âme enfoui qui résonne souvent trop à l’unisson en chacun de nous. Certes. Que de visées salutaires. Reste que son abondant cocktail de bons et malfrats messieurs - de 20 à 50 ans, sachant que tous vont droit dans le mur (ou le font parfois) - fait ici rapidement déborder le shaker. On essuiera concrètement de l’ennui. Et surtout une déception pour ce film en choeur qui manque peut-être de coeur.

Sabrina



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