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Shanghai Dreams (Shanghai Dreams)

Sélection officielle - Compétition
/ sortie le 02.11.05







UNE CHINE QUI S'ECHINE

"- On peut s'en aller maintenant?
- T'es si pressée que ça?
"

Le film de Wang Xiaoshuia s'inscrit dans la parfaite généalogie d'un cinéma chinois académique, destiné à un public occidental. Si la première demi heure semble lente, et longue, Shanghai Dreams, sans révolutionner le 7ème Art, remplit son contrat après deux heures de drame, de mélo, de conscience politique, de regard social. Le tableau mélange une reproduction historique bien documentée et une mise en scène théâtrale, mais toujours juste (le cadrage est en soi une leçon de cinéma).
Dans cette campagne paysanne et prolétaire, la Chine des années 60 s'avère assez différente de nos clichés. On sent poindre les changements à venir : le règne de l'argent, le poids des grandes villes, la future libéralisation du système... On y passe du Boney M dans les soirées pour jeunes; parmi eux les frimeurs qui se la jouent rock n'roll attitude. Le rock, et la musique en général, est un élément omniprésent dans ce film où chaque son est sublimé et justifié. Bruits d'usine ou silence de l'éloignement.
Peu de dialogues mais le temps qui passe avec le tic tac d'une horloge qui guillotine les mots dits :"on sera amies pour toujours, n'est-ce pas?" Cette Chine s'angoisse. Elle n'a aucune certitude. Ce peuple "en exil" dans son propre pays doute déjà des décisions du Parti; d'ailleurs la liaison radio avec Pékin est fortement parasitée. Shanghai Dreams est une diatribe contre l'autorité : politique ou paternelle. La condamnation des sanctions (peine de mort, punitions) et des interdits moraux (sorties) est sans appel. Jusqu'à cette image conclusive où les uns filent vers leurs rêves quand les autres tombent sous le bruit des balles. La répression du régime et l'oppression du père ont mené à une double tragédie qui aura anéanti la famille. Aucun pathos ne nous est épargné - fugue, viol, suicide - mais l'ultra sensibilité du film lui confère une fragilité qui ne le rend jamais sordide ou grotesque.
Traditionnel et bien filmé, l'histoire joue des symboles d'un cinéma classique, presque conservateur. Les apparences sont trompeuses : derrière ce rêve inaccessible d'un bonheur toujours espéré ou souvent détruit, il y a une envie de filmer des images audacieuses (la scène du sauna démontre une forme de bravoure et dévoile une vraie subtilité). Les personnages n'ont rien de caricatural : un père à côté de la plaque et finalement humilié, une mère indépendante d'esprit et réclamant le divorce, une fille, jolie, piégée par sa docilité et ses désirs. L'humble ouvrier, leur amour contrarié, les chastes baisers, tout cela ressemblerait à un soap chinois à l'ancienne mode; pourtant le traitement scénaristique ose la surenchère, une forme de liberté morale qui le sauve des poncifs habituels, même s'il nous renvoie à des oeuvres d'une autre époque. Autrement dit, rien de révolutionnaire dans Shanghaï Dreams, juste l'esquisse d'un espoir que tout changera avec la prochaine génération...

vincy



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