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Dossier La guerre 14-18 au cinéma

 

Joyeux Noël (Joyeux Noël)

Sélection officielle - Hors compétition
France, Allemagne, Angleterre, Belgique, Roumanie / sortie le 09.11.05


SURPRISES PARTIES





"Faut pas vous sentir obligés d'envahir Paris pour prendre un verre !"

Peu de cinéastes se sont collés à la grande guerre. A l'automne 2004, le succès d'Un long dimanche de fiançailles propulsait la question aux premières loges. Cette authentique histoire de fraternisation au beau milieu de l'enfer des tranchées fût largement diffusée. Aucun lien de causalité avec le film de Jeunet, si ce n'est un identique devoir de mémoire. Ce dernier film de Christian Carion nous arrive par pure coïncidence. La démarche est salutaire. Après son verdoyant Une hirondelle a fait le printemps le cinéaste s'attèle à des sujets forts, entièrement dignes du nom. Un contexte propice aux défis, tant en terme d'écriture que de mises en scène. Force est de constater que Carion choisit le chemin le plus commode, centrant l'intégralité de son film sur ce strict Noël en terre souillée. Une délimitation espace/temps qui nous laissera perplexes. Quelques bombes résonantes, quelques éclats d'obus, un jeune écossais tombé sous les balles allemandes, l'ennui en attendant l'assaut, la vie quotidienne : Christian Carion se limite à peindre de rudimentaires situations ; pas davantage. Joyeux Noël manque sérieusement d'implication. Un traitement bancal qui, à mesure que l'on avance, se fera concrètement sentir jusqu'à déclencher lassitude.
Ce devait être une chronique historique, humaniste, haute en altruisme, rebondissements et pensées constructives. Au final, le réalisateur ne nous offre guère plus que d'impassibles aventures hivernales. A raison, certes, Carion met l'accent sur toute l'absurdité de la grande guerre. Malheureusement, son propos ne trouvera pas la portée escomptée. Jouant de récurrentes mises en parallèles et d'élans fraternels invariablement spontanés Joyeux Noël finit par dérouter, tant son scénario use connections faciles. Trois régiments, un jeune et beau lieutenant français, un pasteur écossais, un ténor allemand, une soprano danoise… Champagne ! On se présente, on se découvre d'impressionnants points communs. Demain, il nous faudra de nouveau nous entretuer. La vie, comme elle va : toujours insensée en temps de guerre. D'ici là, carpe diem. Place aux jeux d'oppositions et autre objections de conscience contre hiérarchie : "On ne peut pas s'entendre. Vous ne vivez pas la même chose que nous. Ceux d'en face, oui". Un brin aisé. Joyeux Noël multiplie les miracles pour mieux enchaîner les étapes. Universalité des sentiments et sensibilités, corrélations, étranges coïncidences au-delà des nationalités : le cinéaste reste scrupuleusement conventionnel. Cap sur le non-sens et le dilemme, le tout arrosé d'une bonne touche de dérision. Un bon point qui sauvera concrètement l'aventure. A défaut d'émouvoir, Joyeux Noël amusera, multipliant les décalages de propos et situations. On regrettera un manque certain d'alchimie entre les deux pôles. Le film, déjà à la base et sans conteste beaucoup trop long, y aurait trouvé une incontestable musicalité, le jeu d'acteur bien que dévoué n'étant pas en lui-même transcendant. Au final, on reste sur cette impression d'avoir assisté à une banale partie de campagne sur front, correctement mise en scène, légitime puisque appuyée sur des faits authentiques. Rien qui nous fasse vibrer. Décevant.

Sabrina



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