Production : Tessalit Productions
Réalisation : Rachid Bouchareb
Scénario : Rachid Bouchareb, Olivier Lorelle
Photo : Patrick Blossier
Décors : Dominique Douret
Distribution : Mars Distribution
Durée : 120 mn

 

Sami Bouajila : Abdelkader
Jamel Debbouze : Said
Samy Naceri : Yassir
Roschdy Zem : Messaoud
Bernard Blancan : Martinez

 

festival-cannes.com
Site officiel
Indigènes sur Africultures.com

 

Indigènes

Sélection officielle - Compétition
Algérie / sortie le 27.09.06

De par ses colonies, la France a toujours enrôle un grand nombre d'Africains dans son armée, dès les guerres de 1870... Pour celle qui nous concerne, la seconde guerre mondiale, plus de 130 000 Africains ont contribué à la libération de France. Pas de défilés sur les Champs Elysées, une retraite minable et aucune présence particulière dans les manuels scolaires. L'ancien sergent-chef Aladou Diop, engagé dans l'armée française de 1937 à 1959 et radié pour cause d'indépendance du Sénégal, n'a touché qu'un tiers de sa retraite. En 2001, suite à sa plainte de 1996, le Conseil d'Etat lui donne raison. Un arrêt qui concerne 80 000 anciens combattant de l'ancien Emprire colonial. La revalorisation va être officialisée en 2004 et un hommage national sera rendu la même année. Pourtant, les retraites ne sont toujours pas versées...




Tandis que l'on parle de discrimination positive, que la France se débat dans ses tourments post-colonialistes, que les minorités ethniques revendiquent une place dans la société et que le racisme est toujours aussi présent dans une nation qui ne parvient pas à intégrer ses immigrés dans son concept de république laïque, Indigènes est dans l'air du temps et arrive à temps. "Nous avons voulu mettre un Post-It sur l'Histoire" déclare Jamel Debouze.
Un an de recherches pour Olivier Lorelle et Rachid Bouchareb, respectivement le scénariste et le réalisateur, suivi de deux ans et demi d'écriture. "Il nous a fallu 25 versons pour arriver à dépasser l'Histoire et nous concentrer sur la matière humaine, sur les petits détails du quotidien qui restituent la vue mieux que tous les discours" raconte le cinéaste. "Au début, le scénario durait trois heures et demie, et il commençait en Afrique. On a été obligés de resserrer sur les pays du Maghreb. Je n'ai pas écrit de personnage précis pour chaque comédien. Je voulais me sentir libre au moment de l'écriture. Jamel aurait très bien pu jouer Abdelkader (Bouajila, ndlr). Je ne voulais pas de contrainte et les rôles étaient interchangeables. Puisque Jamel allait galérer avec nous et porter le film en tant qu'acteur, je lui ai demandé de m'aider et d'accepter d'être un des co-producteurs." C'est ainsi que Kissman, la société de production de Jamel, entra dans l'aventure. Debbouze a fondé, en 2002 des studios de cinéma au Maroc, ce qui facilité certains apports, dont l'aide du roi Mohammed VI (qui a mis à disposition l’armée du Maroc). Le film aura coûté « seulement » 15 millions d’euros (dont 45% des télévisions.
Le tournage dura 18 semaines, entre Maroc, Provence et Alsace. Le décor vosgien (séquences finales) nécessita cinq mois de travail. Enorme épopée composée de 5 vedettes, 500 figurants et 220 techniciens. Pour Bouchareb c'est de loin sa plus ambitieuse réalisation. Habitué des palmarès et des festivals, il n'a jamais eu de films grand public à monter. Baton Rouge (1985), Cheb (1991, prix de la jeunesse à Cannes, Léopard de Bronze à Locarno), Poussières de vie (1994, nommé à l'Oscar du meilleur film étranger) et Little Sénégal (2001, sélection à Berlin) l'avaient confiné dans un registre assez auteurisant. Avec Indigènes et une sélection en Compétition officielle à Cannes, il entre par la grande porte dans une autre dimension. Le film récolte ainsi un prix d'interprétation masculine collectif. "Avec ce prix, ce sont les propres petits-fils "d'indigènes" qui ont été célébrés", explique Jamel. "A travers nous, nos arrière-grands-pères immigrés trouvent enfin une dignité." Moment marquant de la cérémonie, les comédiens chanteront l'hymne des tirailleurs Africains sur scène. Carton plein. Cela préfigurera un lancement en grande pompe publicitaire. Avec deux films en compétition (Flandres, Grand prix du jury, étant l'autre), le producteur Jean Bréhat a été le vainqueur du Festival 2006.
Au Box Office, on espère que Indigènes fasse mieux que Flandres (70 000 entrées) et démontre qu'avec de la passion et de la foi, un film de genres et historique séduise les spectateurs, toutes origines confondues. « Pour que les gamins des banlieues retrouvent leur identité, ils doivent savoir par quoi leurs parents son passés », affirme Jamel.
Les médias relaient le film à travers de nombreux dossiers. L’avant-première du 5 septembre, en présence de Jacques Chirac, a même réveillé les consciences. 80 000 vétérans sont concernés et le Président a indiqué que des mesures de revalorisation (quelques dizaines de millions d’euros) seraient annoncées prochainement. Promesses ou espoirs, Indigènes aura peut-être servi la France au-delà de son simple rôle cinématographique.

PS : 850 000 entrées la première semaine. Leader durant 15 jours. Et on parle d'un nouveau film Bouchareb / Debbouze sur la Guerre d'Algérie.

v.



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