Production : Reverse Angle
Réalisation : Wim Wenders
Scénario : Sam Shepard
Montage : Peter Przygodda, Oli Weiss
Photo : Franz Lustig
Décors : Nathan Amondson
Distribution : Ocean Distribution
Costumes: Caroline Eselin-Schaeffer
Durée : 122 mn

 

Tim Roth : Sutter
Sam Shepard : Howard Spence
Gabriel Mann : Earl
Jessica Lange : Doreen
Sarah Polley : Sky

 

festival-cannes.com
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Don't Come Knocking (Don't Come Knocking)

Sélection officielle - Compétition
Allemagne / sortie le 12.10.05

Au fil du temps




Impossible de ne pas penser à Paris Texas au regard de Don't Come Knocking. Palme d'Or 1984, une avalanche de Prix et nominations internationales. Un cow-boy, seul dans le désert, qui revient au monde… Ouvrons grands nos yeux. Rappelons que Sam Shepard faisait partie de l'aventure à l'écriture, co-signant son scénario. Vingt années que le tandem Wenders/Shepard ne s'était pas remis à l'œuvre. Un travail quasi symbiotique dont les souvenirs ont eu même nourri la conception de ce dernier film. "Cela faisait longtemps que j'attendais de pouvoir retravailler avec Sam. Cette collaboration avait été si fantastique, le plaisir avait été si grand, que nous avons tous les deux refusé de courir le risque de ternir ce formidable souvenir pendant presque vingt ans. Quelque part, c'était un choix très conscient. Je crois que nous avions peur de gâcher quelque chose de parfait en essayant de le répéter. Mais vingt ans, c'est long et nous nous sommes finalement décidés. Cela a été un immense plaisir de découvrir combien nos esprits sont proches. Nous avons même essayé de prolonger encore longtemps ce plaisir et avons travaillé sur le scénario pendant trois bonnes années. Pas en permanence, bien sur, mais souvent, dans différents lieux à travers les Etats-Unis". Un processus d'écriture centré sur les personnages, écrit scène après scène, en totale continuité, sans prévisions sur l'évolution du récit. On aura en dès lors saisi que pas moins de trois années se sont écoulées avant que Shepard et Wenders appréhendent Don't Come Knocking dans sa globalité. Mises en apesanteur, personnages à la fois posés et aériens : à l'écran, toute la matière filmique est étonnamment empreinte de cette règle d'or respectée en amont. "C'est une extraordinaire manière de faire, très exigeante pour un réalisateur. Vous apprenez à être patients, c'est moi qui vous le dis ! Mais vous apprenez aussi à faire confiance à vos personnages, à vous appuyer sur eux et rien d'autre. De cette manière, vous pouvez être certains que votre histoire repose entièrement sur les personnages, du début à la fin". Longuement mûri, et retravaillé tant que nécessaire, le scénario a permis à Wenders de tourner ce "film au rythme cool, calme, plein de sang froid en toute quiétude malgré son évidente envergue. Seuls 36 jours ont été nécessaires au tournage de Don't Come Knocking. C'est à peine croyable ; et pourtant ! Sam Shepard, bien sur, dans la peau de notre héros, Tim Roth, Sarah Polley, Jessica Lange, Eva Marie Saint, Fairuka Balk et Gabriel Mann : chacun des comédiens est ici délicieusement révélé par la caméra de Wenders. Belles synergies artistiques à prévoir.

Jusqu'au bout du monde
Des couleurs vives et pastels, de grands espaces, de vrais lieux de vie, lieux où celle-ci prendra tout son sens, qu'ils abondent de personnages où reflètent le vide : Don't Come Knocking reste un film étonnamment sublimé par ses décors.
L'aventure a été tournée à Elko (dans le Nevada), Moab (Utah) et Butte (Montana). La dernière d'entre elles a toujours fasciné notre réalisateur. A l'instar de Dashiell Hammett qui, pour y avoir longtemps vécu, s'en était inspiré en édifiant sa Poisonville de "La moisson rouge", Wim Wenders a fini par se nourrir de ces lieux après ses récurrents voyages. Première découverte ; le cinéaste nous raconte : "J'ai été soufflé. Je n'avais jamais vu un endroit comme celui-là. D'énormes immeubles de pierres brunes, comme sur Broadway à New York, douze étages de haut, de larges avenues… mais tout cela était abandonné. Une ville fantôme aux proportions énormes ! La cité avait une histoire très riche, dans l'exploitation minière comme en politique. Je suis retourné à Butte plusieurs fois au cours des années 80 et 90, espérant toujours que personne n'ait découvert la ville pour en faire un décor de cinéma. Et la place de Butte a grandi en moi. C'est nettement moins sinistre aujourd'hui que la première fois que j'y suis allé, mais la ville a quand même gardé sa personnalité unique, son caractère".
Elko, quant à elle, a été suggéré par Sam Shepard pour sa culture locale restée inaltérée. "Il y a la-bas une 'tradition cow-boy' encore authentique qui n'a pas été gangrenée par la culture du jeu et des casinos, cette culture qui s'est emparée de toutes les autres villes du Nevada". Le choix de Moab, en revanche, s'est fait bien ultérieurement, en alternative à l'âme quelque peu perdue, selon le cinéaste, de Monument Valley, territoire de l'Utah que Wenders et Shepard affectionnent tout particulièrement, dans laquelle Don't Come Knocking devait initialement s'ouvrir et se dénouer. "Les repérages à Monument Valley ont été très décevants" nous explique Wenders. "J'ai eu le sentiment que l'endroit avait perdu son âme et qu'il était devenu à jamais une sorte de 'pays Marlboro'. L'esprit de John Ford avait disparu, remplacé par un ersatz, le syndrome 'véritable aventure pour touristes'. Moab a été l'alternative. Il y a des paysages qui ressemblent à ceux de Monument Valley et John Ford y a tourné également plusieurs de ses grands films. En fin de compte, l'endroit est moins exploité, moins cliché. En outre, la ville elle-même est agréable".

Cannes, par-delà les voyages
Du Paris Texas, du Montana, du Nevada, de l'Utah et un brin d'Arizona Dreams en son ambiance finale… Ironie… Le film aura finalement reçu aucun prix de notre jury présidé par Kusturica. Peu importe. Notre coup de cœur cannois est là. Une huitième pour Wenders en compétition officielle, après, outre Paris Texas, Au fil du temps (1976, Prix Fipresci), L'ami américain (1977), Hammet (1982), Les ailes du désir (1987, Prix de la mise en scène), Si loin si proches (1993, Grand Prix du jury) et The End of Violence (1997). Sans oublier les sélections parallèles : Nick's Film, présenté hors compétition en 1980, Tokyo Ga au programme d'Un Certain Regard en 1985. Sélection qui réaccueillait Wenders dix ans plus tard avec Lisbon Story et en 2002, parmi le collectif de cinéastes de Ten Minutes Older (dont Jim Jarmusch, Spike Lee, Chen Kaige…).

Sabrina



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