Production : Bulbul film, StarkSales Inc., NFF, NFI, SF Norge
Réalisation : Bent Hamer
Scénario : Bent Hamer, Jim Stark, d'après des nouvelles de Charles Bukowski
Montage : Päl Gengenbach
Photo : John Christian Rosenlund
Décors : Eve Cauley Turner
Distribution : ID Distribution
Musique : Kristin Asbjornsen
Durée : 97 mn

 

Matt Dillon : Hank Chinaski
Lili Taylor : Jan
Marisa Tomei : Laura
Fisher Stevens : Manny
Didier Flamand : Pierre

 

festival-cannes.com

 

Factotum

Quinzaine des réalisateurs - Compétition
/ sortie le 23.11.05

Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs, ce film aurait peut-être mérité une promotion dans la Compétition suprême. Le cinéaste Bent Hamer avait déjà présenté son précédent film, l'excellent Kitchen Stories (2003) et Eggs (1995, Prix de la Critique Internationale) à la Quinzaine. En Norvège, Factotum est son quatrième long métrage. A presque 50 ans, il est sans aucun doute le réalisateur norvégien le plus connu à l'extérieur de ses frontières, l'un des rares à voir ses films distribués à l'international. Et si pour Factotum, il n'a eu le droit qu'à une nomination du meilleur réalisateur aux Prix Amanda (les César Norvégiens), il en déjà trois au dessus de sa cheminée (meilleur court métrage, meilleur film pour Eggs et Kitchen Stories).




Avec un million de dollars, donc, il est possible d'adapter un roman d'un auteur culte (Charles Bukowski, voir plus bas), choisir quelques célébrités dont Matt Dillon (standing ovation @ Cannes), et produire un film de qualité.
Le matériau d'origine est un roman publié en 1975. Bukowski (noyé dans l'alcool en 94) a toujours fasciné le cinoche. De nombreux écrits ont été adaptés un peu partout en Europe : L'amour est un chien de l'enfer (Belgique), Lune Froide (France), Contes de la folie ordinaire (Italie), et d'innombrables courts métrages autour de ses poèmes. L'écrivain a eu le droit à un documentaire sur sa vie. Surtout, pour 20 000$, il a scénarisé sa vie. Barfly, film de Barbet Schroeder en 1987, où l'on retrouve un poète à la dérive éthylique, incarné par Mickey Rourke (en face de Faye Dunaway). Rourke, qui commençait sa mue en monstre déchu, interprétait le clone de Bukowski sur grand écran : Henry Chinaski. C'est donc ce même Chinaski que Matt Dillon joue dans Factotum. Rôle d'abord proposé à Sean Penn (qui avait dédicacé son premier film, Crossing Guard, à l'écrivain).
Le film a été tourné en 24 jours à Minneapolis, métropole au milieu des plaines agricoles aux sources du Mississipi, connue essentiellement pour Prince (le chanteur), le plus grand centre commercial du monde et un aéroport paumé qui peut vous envoyer à Amsterdam ou Tokyo. Produit par Jim Stark, à qui l'on doit les grands films de Jarmusch (Down by Law, Mystery Train) et Gregg Araki (The Doom Generation). Dédié à Katrin Cartlidge, comédienne anglaise morte précocement à 41 ans, vue chez Leigh, Von Trier, Kerrigan, Tanovic, Menges... Hamer revient aux sources : "Quand j’ai découvert Bukowski, je n’étais pas encore réalisateur. Je lisais beaucoup de romanciers américains contemporains, je l’ai donc découvert parmi d’autres et je lui ai trouvé un ton particulier. Il avait sa voix à lui. Il ne faisait pas partie des auteurs de la Beat Generation, il était quelqu’un d’à part, de singulier. J’étais impressionné. Je le rapprochais de Walt Whitman ou de Mark Twain, ces écrivains “outsiders” que j’aime tout particulièrement. Comme Jean Genêt, ou en Norvège Tom Kristensen et Knut Hamsun, dont j’ai beaucoup appris. J’aime autant ses romans que ses textes autobiographiques, mais je n’ai pas lu tout Bukowski, je ne suis devenu ni un expert ni un disciple. Simplement, il est resté un de mes auteurs préférés. Bien plus tard, quand je présentais Eggs à Cannes, j’ai rencontré le producteur américain Jim Stark, et nous avons tout de suite sympathisé. Il m’a proposé de faire un film avec lui, et l’idée de tourner aux États-Unis s’est tout naturellement imposée. C’était l’époque de la sortie de Leaving Las Vegas, et j’avais envie d'aborder ces situations, ces personnages, mais vraiment d’une toute autre manière. J’ai donc pensé à Bukowski. Jim m’a demandé : “Quel livre ?” J’étais un peu pris de court... On a regardé les titres dont les droits étaient pris, certains par Taylor Hackford d’ailleurs, et par chance il y avait une possibilité sur “Factotum”."
On croise des comédiens connus de tête : Adrienne Shelly, qui avait été remarquée dans les films d'Hal Hartley, Didier Flamand (Les choristes, L'enquête corse, Travaux... on sait quand ça commence), Lili Taylor, éclectique avec des séries comme Six feet Under, des blockbusters comme The Haunting et Ransom, des films indépendants de Kusturica à Altman. Notons aussi la présence de l'oscarisée Marisa Tomei (Ce que les femmes veulent, Alfie, et surtout le très beau et méconnu In the Bedroom). Elle avait déjà joué avec Matt Dillon, dans Loverboy (réalisation de l'acteur Kevin Bacon). Dillon, lui, en dilettante, 40 ans au moment du tournage, est vraiment né en 1983 avec The Outsiders. De Drugstore Cowboy (Gus Van Sant) à In & Out (Frank Oz), de Malcom X (Spike Lee) au récent Crash / Collision (Paul Haggis), il navigue avec tous les genres, tous les styles. Il a même été enrôlé pour le remake de la Coccinelle.
Loin de l'univers Disney, Bent hamer a préféré participer à une série documentaire pour la TV, retraçant un siècle d'histoire de la Norvège (depuis sa scission avec la voisine Suède). Il est ensuite partie plus d'un mois au Pôle Sud. Car le cinéaste est avant marin et, entre chaque film, s'offre des vacances en haute mer.

vincy



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