- Michel Piccoli
 
 

(C) 96-01 Ecran Noir

La Plage Noire
France
Semaine de la critique
Sortie en salle : 12 décembre 2001

Production : Paulo Branco, Gemini Films, Arte France Cinéma, Madragoa Filmes
Réalisation : Michel Piccoli
Scénario : Ludivine Clerc & Michel Piccoli, d'après le récit de François Maspéro Photographie : Sabine Lancelin Montage : Catherine Quesemand Son : Brigitte Taillandier & Jean-Claude Laureux Durée : 113 min
Jerzy Radziwilowicz (A.)
Dominique Blanc (Sylvie)
Jade Fortineau (Joyce)
Teresa Budzisz-Krzyzanowska (Emma)
Ignacy Gogolewski (Sider)
 
Un pays quasi désertique qui abandonne la dictature. Un écrivain militant se retrouve avec sa femme, sa fille et d'anciens compagnons de lutte. Sa femme française, Sylvie, doit retourner à Paris. Lui et sa fille, Joyce, partent s'isoler dans la maison de son enfance, au bord d'une plage noire. Mais la milice de cette étrange démocratie nouvelle rôde. A quelques heures de là, son meilleur ami, avec lequel il a longtemps milité, est assassiné.
 
 
Michel Piccoli a écrit le scénario de La Plage Noire avec sa compagne, Ludivine Clerc.
C'est la seconde fois que le réalisateur travaille à partir d'un texte de François Maspero. En 1994, il avait déjà adapté une de ses nouvelles pour le court-métrage Train de Nuit. Michel Piccoli n'a volontairement pas donné de nom au pays dont il parle (dans le texte d'origine, François Maspero parle de Bucarest pour la capitale et de l'Amérique du Sud pour la maison isolée). Le tournage de la première partie du film a été réalisé à Varsovie, "une des capitales dans le monde où on sent encore la présence de la guerre". La jeune comédienne qui interprète le rôle de Joyce est la fille de Marushka Detmers et de Thierry Fortineau.
 
Le rêve étrange et pénétrant de Michel Piccoli.

"Est-ce qu'on peut aimer la vie dans le souvenir des amis morts ?"

Une atmosphère très particulière enveloppe La Plage Noire. Nous ne savons pas où nous sommes et nous comprenons par petites touches subtiles le contexte politique qui pèse sur ce pays anonyme. Après une lutte contre la dictature, A., ancien militant en proie à un désoeuvrement et à un désespoir politiques, se retrouve perdu au milieu d'un nouveau contexte démocratique quelque peu arbitraire. Dans son second long-métrage, Michel Piccoli peint un univers kafkaïen et oppressant. Les miliciens sont trop obséquieux pour être bienveillants, les démarches administratives trop alambiquées pour aboutir. A tous les moments, on sent la menace palpable qui pèse sur A.. Tous les éléments du film concourent à amplifier le malaise éprouvé : les silences pesants, les paysages déserts, la maison d‚enfance isolée au bout de nulle part... Le réalisateur a su s'appuyer sur chaque détail, de la force des éléments naturels (le vent, la tempête, la nuit opaque) jusqu'à ses personnages inquiétants (les enfants qui s‚acharnent sur Joyce, le pêcheur récurrent, les miliciens mielleux). Le travail réalisé avec Sabine Lancelin (chef opérateur rencontré sur Je rentre à la maison de Manoel de Oliveira) participe également à cette curieuse atmosphère lunaire. L'utilisation de filtres et l'assombrissement de l'image amplifient le sentiment oppressant qui régit le film.
Autour du propos politique, La Plage Noire s'attache à nous montrer les très forts liens qui unissent les membres d'une famille et particulièrement ceux entre un père et sa fille. Pour le réalisateur, "cette histoire raconte des exils, des séparations, des isolements".
Ici, peu de choses sont clairement dites. Michel Piccoli évite soigneusement l'explicite maladroit pour subtilement nous offrir de très jolis moments d'intimité (une conversation téléphonique murmurée, une promenade dans les dunes, des réveils au bord de la mer, une danse sur un vieux morceau de jazz...). Il dépeint de façon très fine l'évolution des rapports entre une fille et son père que l'absence de la mère arrive progressivement à altérer. Le second long-métrage de Michel Piccoli est un film intimiste très abouti qui touche à la quintessence des rapports humains et de l'émotion. Son réalisateur dit vouloir en réaliser un troisième. Chic !

Laurence-