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Philippe Noiret
Bertrand Blier

 

Les Côtelettes

Sélection officielle - Compétition
France / sortie le 28 mai 2003


Où Blier ?!





« - Je suis attiré par la douceur. Y a un problème avec la douceur ?»

Monsieur Blier,
Je suis venu pour vous faire chier. Je ne pensais pas, un jour, que cela m’arriverait. Ecrire est un plaisir. Voir vos films l’a toujours été. Pensez que j’ai bravé des interdits pour aller voir Tenue de soirée, à 15 ans et des poussières, alors que votre film était réservé au plus de 16 ans. 17 ans plus tard, vous me servîtes des Côtelettes. Je les aime bleues. Comme la couleurs des gnons comme les blessures de l’âme. Vos côtelettes n’étaient ni crues ni trop cuites. Pire. Elles étaient sans saveur. Du surgelé ? Des restes de Buffalo Grill ? Une malbouffe pour les yeux. Remplis de larmes. Il va me falloir tuer le père.
Voilà. Il ne faut pas tirer sur le pianiste, sur l’ambulance ou même à vue. De toute façon je refusais de voir. Dès que vos personnages s’exilent dans Le Lubéron dans un suite parodique du film d’Ozon, avec piscine et jolie baraque, nous perdons le fil et le film simultanément. Que ce film m’emmerda. Je rêvais d’avoir la tourista.
Ce film n’est pas à l’honneur de votre talent. Vous avez pris un coup de vieux. Le tour de main a disparu. La disparition de votre père ? La séparation avec Anouk Grinberg ? Quelles sont vos circonstances atténuantes ?
Pourtant cela commençait bien. Ce dîner dans l’appartement avec ce jeune fils pédé. Que vous essayer de convertir au plaisir de la volupté féminine… Savez-vous que ce n’est pas incompatible ? Après cela se gâte. Vous vous répétez. Le disque est rayé. Les acteurs n’ont rien à jouer. Catherine Hiegel, qui aurait pu être immense comme la mort, est réduite à un tas de viande spasmophile. Seule, Farida Rahouadj a quelques intonations variées et des regards nuancés. Pourtant on reconnaît votre marque de fabrique. Mais contrairement à Ruiz chez qui ce sont les situations et les objets qui sont surréalistes, vous, ce sont vos personnages et vos dialogues qui font la magie de votre cinéma. Il s’est dilué, banalisé. Pour deux ou trois beaux plans inspirés, combien de laideur, combien de vulgarité, mon capitaine ? Car provoquer est devenu une source de grossièreté chez vous. Vous qui étiez un maître de la réplique saignante !
Les cinq premières minutes sont du Grand Blier. Les cinq ultimes périclitent vers le pathétique et le ridicule. Jamais chorégraphie de danseurs ne fut aussi mal filmée, ignorant la symbiose avec la musique. Vous avez eu la fumisterie de nous reprendre des séquences plagiées sur 1, 2, 3 soleil, Mon homme, Merci la vie et d’autres.
Me voilà votre vautour, sale charognard prêt à vous dépecer à cause de la déception subie. J’étais aussi ahuri que les acteurs. « On bite rien et c’est confus. » C’est tout à fait ça. Vieux, usé, fatigué ? Bavard en tout cas, et en plus ça ne choque plus. Nous sommes blasés ou vos propos son décalés ? Tout cela est agressif et offensif, inutilement. Diarrhée verbale qui n’a même pas fait naître un scandale ou une sensation. Votre vision de la vie se résumerait à de la merde. Régression typiquement freudienne ? Votre cinéma est devenu artificiel et vos discours radotent. Dommage vous parlez de l’immigration, sujet sensible et rare parmi les cinéastes de votre génération.
Le film est court. La morale est tout aussi courte : « On nique la mort. » La musique, en accompagnement, est insupportable. Les vieux félins sont crevés. Buffet froid pour les artistes. Et accueil frugal pour le public. Ces Côtelettes sont trop laides pour vous.
Mes amitiés les plus respectueuses et toute ma considération pour l’ensemble de votre œuvre du XXème siècle.

Vincy

Vincy



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