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Papicha

Certain Regard
Algérie / sortie le 09.10.2019


SANS BROMURE





Nedjma est une étudiante comme les autres, parfois avec des copines elle sort de la cité universitaire pour passer une soirée en boite de nuit, presque comme les autres : à Alger au début des années 90 officiellement une jeune fille ne devrait pas sortir pour pour danser la nuit. L'opération ressemble à une parcours du combattant: se faufiler dehors, échapper au gardien, trouver un taxi, se changer de tenue dans le taxi malgré l'oeil du conducteur, ne pas se faire prendre à un contrôle de police sur la route, revenir au petit matin en négociant avec le gardien de la cité universitaire... Les choses vont changer, des groupes islamiques font de plus en plus pression pour imposer leurs règles et moins de libertés : Nedjma et ses meilleures amies ne se doutent pas encore que l'Algérie va connaître une 'décennie noire' de guerre civile. Papicha raconte justement les prémices de cette période du point de vue de la jeunesse.

La réalisatrice Mounia Meddour va suivre au plus près plusieurs jeunes femmes, quatre étudiantes en particulier, qui commencent à imaginer leur avenir. La cité universitaire a des allures de prison, on s'imagine avec un métier ou un mari, ou encore vivre avec plus d'indépendance. Mais la ville change peu à peu, une boutique de robes multicolores va désormais vendre que des tissus sombre, des affiches collées sur les murs indiquent qu'une femme doit porter un hijab noir qui recouvre ses cheveux et son corps. La violence se diffuse, il y a des attentats commis par des groupes armés, des gens sont menacés et tués. Nedjma s'intéresse justement au stylisme et aux robes, sa passion qui pourrait être son avenir est déconseillée sinon interdite. Organiser un défilé devient alors plus que jamais un défi...

Le film est porté par un quatuor féminin qui représente à la fois plusieurs variations de résistances aux nouvelles restrictions et aussi un même élan féministe pours'émanciper. Les actrices Zahra Doumandji, Amira Hilda Douaouda, Shirine Boutella, et surtout l'héroïne Lyna Khoudri (déjà reconnue d'un prix Orizzonti de la meilleure actrice au Festival de Venise en 2017 avant d'arriver à Cannes) sont autant de beaux visages illustrant des jeunes filles subissant ces nouveaux diktats que veulent imposer des hommes au nom d'une religion. Et c'est précisément elles, et cette vision de l'Histoire filmée par une femme réalisatrice, qui font vibrer.

Papichaest porté par un souffle romanesque qui fait oublier certaines lourdeurs démonstratives. Papicha évoque le contexte trouble de l'Algérie des années 90 et plus largement la place de la femme dans une société gouvernée par des hommes : bien évidement le film fait écho à des luttes toujours actuelles, en Algérie ou ailleurs. De plus Mounia Meddour intègre à son récit une porte de sortie pour son héroïne Nedjma. La possibilité de partir dans un autre pays avec un garçon qui lui propose de se marier. ce qui induit un dilemme intime pour celle qui aimerait lutter en faveur d'un avenir meilleur. Partir ou rester, pour soi ou pour les autres. Le vêtement qui voile ou dévoile sera alors un symbole paradoxale de résistance à l'oppression puisque Nedjma s'obstine à organiser malgré tout un défilé...

Papicha est un film autant impétueux que bouillonnant. Il y aura débat. Le film, depuis Cannes, a subit la censure en Algérie, mais a quand même été validé pour les Oscars. Dans la lignée de Hors Jeu de Jafar Panahi en 2006 censuré en Iran, Much loved de Nabil Ayouch en 2015 interdit au Maroc (10 ans avant Marock de Laïla Marrakchi faisait polémique), Mustang de Deniz Gamze Erguven en 2015 aussi controversé en Turquie... A chaque fois, il y a en première ligne le point de vue de femmes qui combattent pour leur liberté. A chaque fois la situation semble bizarrement compliquée pour les autorités. Papicha est alors, pleinement, d'une vitalité nécéssaire.

kristofy



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