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Sibyl

Sélection officielle - Compétition
France / sortie le 24.05.2019


FANTASME AGONIE





« Je ne suis dans aucune réalité. »

Après Victoria, Justine Triet poursuit son duo avec Virginie Efira pour dresser le portrait d’une quadra qui s’égare dans un labyrinthe où elle tente de trouver son chemin entre raison et passions. La déception est immense en voyant le gâchis d’un tel sujet et d’un tel casting.

Sibyl, une psy (évidemment encore plus névrosée que ses patients), décide de revenir à l’écriture et trouve en une jeune actrice désespérée une source d’inspiration pour son nouveau roman. La jeune comédienne a une liaison avec son partenaire, marié à la réalisatrice. Cette attirance irrésistible rappelle à Sibyl sa propre relation avec Gabriel, il y a près de dix ans.

La réalisatrice construit avec une foison de flash-backs anecdotiques un parallèle entre les deux vécus similaires. Entre fantasmes et fantômes, manipulations et mensonges, elle espère que le spectateur sera séduit par cette lente glissade vers la perte de réalité et le transfert d’identité.

Malheureusement, tout est aussi artificiel que factice. Au milieu d’acteurs et actrices sous-exploités, avec des rôles assez stéréotypés, Virginie Efira a beau tout donner à son personnage de femme fragile et friable, elle ne sauve pas un film qui nous plonge dans une forme d’indifférence totale.

Volcan éteint

La surdose de psychodrames nous pousse même à ne pas avoir d’empathie pour quiconque. Chacun étant assez flippant ou désincarné. En passant d’un cabinet de psy à Stromboli, Justine Triet ne se sauve même avec quelques métaphores, références et influences cinématographiques liées à cette île volcanique.

La cinéaste effleure chaque sujet qu’elle veut aborder, s’interrompant au milieu de la piste empruntée. Le processus de création, le jeu de miroir, le couple face au changement, l’importance du secret… Son découpage l’empêche même de fluidifier le lien entre le réel et le cinéma, a reconstruction du passé et la perte de repères du présent. Si bien que le transfert n’opère pas et que le dernier quart du film ne sait même plus comment et quoi raconter, transformant Sibyl en femme détruite par ses actes pas très éthiques et ses pensées intimes inavouables. Une sorte de descente aux enfers, une fois toutes les lignes rouges franchies. Cet aspect moralisateur est sans aucun doute le plus dérangeant.

On s’interroge même sur l’intention de la réalisatrice, qui fait une sortie de route après tant de virages. Pourquoi abîmer son actrice (et les femme)s ainsi ? Pourquoi asséner que la vie est une fiction si la fiction manque tant de vie ? Pourquoi ne ressent-on aucune émotion face à ces vertiges de l'amour ?

En brouillant un scénario avec des scènes convenues et une absence d’enjeu, en manquant de créer des personnages ayant du caractère (ça ne suffit pas de faire pleurer des comédiens pour qu’on croit à leur souffrance), Justine Triet a fait semblant de faire un film.

vincy



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