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Lillian

Quinzaine des réalisateurs - Compétition
Autriche


SUR LA ROUTE





Grand spécialiste du documentaire, Andreas Horvath dresse dans Lillian le portrait d’une Amérique rurale, vidée de sa substance et qui démontre toute la cruauté de cette nation.

L’Amérique du beau

Après avoir échoué à New York, Lillian décide de rentrer à pied dans sa Russie natale. Seule et déterminée, elle entame un long voyage à travers l’Amérique profonde dans le but d’atteindre l’Alaska et traverser le détroit de Béring.

Adapté de l’histoire vraie de Lillian Alling (une immigrée venue d’Europe de l’Est qui a traversé les Etats-Unis dans les années 1920), Lillian est un film particulièrement ambitieux. Notamment parce que son héroïne incarnée avec justesse par Patricia Planik ne parle pas. D’origine russe dans le film, Lillian comprend que toutes les voies sont bouchées pour elle aux Etats-Unis et que le seul moyen de s’en sortir et de rentrer chez elle. Malheureusement et comme lui explique un producteur de films pornographiques dans la première séquence, son visa ayant expiré, elle ne peut ni travailler (pour lui) ni rentrer en avion.

Une situation qui, on le comprend, est loin d’être confortable pour une jeune femme qui ne parle pas anglais et n’a personne sur qui compter. Sans plus attendre, elle se met alors en route vers son chez elle natal, persuadée que ce voyage relève du bon sens. Une attitude qui surprend et dérange. Car le film, centré sur le périple de Lillian, laisse de côté de nombreuses pistes et informations qui pourraient éclairer le spectateur. Comment est-elle arrivée aux Etats-Unis ? Travaillait-elle dans l’industrie du porno au préalable ? Comment s’est-elle retrouvée seule ? Pourquoi n’appelle-t-elle pas quelqu’un aux Etats-Unis ou en Russie qui puisse l’aider ?

Autant de questions auxquelles Andreas Horvath ne répond pas, préférant laisser le spectateur en prendre littéralement plein la vue. Puisque c’est bien de cela qu’il s’agit avec Lillian : montrer la ténacité d’une jeune femme seule. Si d’autres cinéastes se sont déjà essayés à la représentation de l’Amérique (Michelangelo Antonioni par exemple), jamais personne ne s’était donné autant de mal à montrer les Etats-Unis dans leur ruralité et leur manque de chaleur. Pour une raison que l’on ignore, Lillian s’évertue à éviter les grandes villes, préférant les routes de campagne et les villages. Un choix culotté qui donne lieu à de sublimes plans dénotant toute l’immensité de l’Amérique de Nord ainsi que son immense variété de paysages.

L’Amérique du moche

Pour éviter de donner au spectateur l’impression d’être face à un film muet, Andreas Horvath a pris la peine d’insérer ici et là des extraits de radios locales et de permettre à Lillian de rencontrer quelques figures locales. Malheureusement, celles-ci sont loin d’être toutes chaleureuses. Quand elle n’est pas regardées avec mépris, Lillian est harcelée par des prédateurs.

Et si Patrycja Planik donne de sa personne dans ce road-trip incomparable de 2h10, c’est pour le plus grand bonheur d’Andreas Horvath. Le cinéaste autrichien prend en effet un malin plaisir à présenter la jeune femme tour à tour comme une guerrière, une proie ou une marginale. Quand le personnage n’est pas confronté à des conditions météorologiques extrêmes, l’homme de 50 ans s’assure qu’elle soit le plus naturellement dénudée possible. On doute bien évidemment que Lillian Alling a entamé son périple américain en vêtements légers (dont un mini-short).

Par le biais de multiples caméras de surveillance, Andreas Horvath suggère qu’il a toujours un oeil sur son héroïne et qu’elle est regardée — à défaut d’être vue. Et parce que son regard lui importe, Andreas Horvath ne manque pas de jouer sur la sensualité de Lillian, enchaînant les gros plans sur des parties du corps de la jeune femme et plaçant une pastèque ouverte et à la chair particulièrement rose et juteuse entre les cuisses de celle-ci.

Le choix de certains plans est hautement discutable mais Andreas Horwath effectue en parallèle un véritable travail de documentaliste. Notamment lorsqu’il donne la parole à une communauté amérindienne consciente de tout le mal que le gouvernement américain lui veut. Contrainte de battre en retraite, cette communauté permet à Lillian de recharger ses batteries tout en lui donnant un aperçu des différentes cultures dont regorge les Etats-Unis — n’en déplaise à certains. Une séquence incontournable qui mais qui ne parvient pas à faire oublier l’extrême lenteur de l’ensemble.

Grâce à une fin ouverte, Andreas Horvath conclut un film qui se veut à la fois concret et figuratif. Lillian est encore loin du chef-d’oeuvre mais devrait contenter les amoureux de films naturalistes ou portés sur la nature. Un sacré exploit !

wyzman



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