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Lux Æterna

Sélection officielle - Séances spéciales
France


GANG OF WITCHES





Lux Æterna, c’est le mystérieux titre du nouveau film de Gaspar Noé, ou plutôt de sa nouvelle expérience de cinéma : un moyen-métrage de 50 minutes à la fin duquel la signification du titre s’éclaire, ou plutôt clignote en flashs de couleurs stroboscopiques. Comme pour ses films précédents, sa découverte se fait avec une certaine excitation au Festival de Cannes.

Gaspar Noé peut se reposer sur l’impact important de ses précédents films pour s’autoriser à filmer ce qu’il veut, comme il veut. Il s’érige lui-même une stature d’artiste. Dès son introduction le film Lux Æterna indique déjà qu’il s’agit d’une "œuvre d’art", avec une citation à propos de la responsabilité des cinéastes d’élever leurs films au-delà de l’industrie vers l’art, ce qui fera plaisir à la SRF.
Le format particulier de Lux Æterna en fait un film pas comme les autres : une durée de 50 minutes, des longs moments en plan-séquence, présentés en split-screen (sur l’écran en diptyque ou triptyque la même action sous plusieurs angles ou différentes actions en parallèle), un rythme organisé avec plusieurs citations, et un long final hypnotique.

L’introduction de Lux Æterna ressemble à un pensum sur les supplices infligés aux femmes jugées comme sorcières au moyen-âge avec différentes images en noir et blanc, et très vite la couleur arrive. Les deux actrices posées sur un canapé, en train de discuter de leurs diverses expériences bizarres de tournage de films. Dalle joue Béatrice et Gainsbourg joue Charlotte. On s’amuse de tout ce qu’elles racontent avant de s’interroger sur ce que le film va nous raconter. Les caméras fixes s’éloignent alors et deviennent mobiles : on est bien sur un plateau de tournage, il y a toute une équipe de techniciens et d’autres actrices dans des décors ; on vient les chercher pour les préparer une répétition. Lux Æterna est entrecoupé de cartons de citations de Jean-Luc (Godard), de Carl Th. (Dreyer), de Rainer W. (Fassbinder), il n’y a que des prénoms jusqu’au générique de fin, charge au spectateur de reconnaître les multiples références cinématographiques parsemées.

Lux Æterna est en fait le film d’un film en tournage, une mise en abîme du cinéma. Celui qui fait l’image se plaint de Béatrice Dalle au producteur qui n’est pas contre la virer, Charlotte Gainsbourg cherche à s’isoler pour avoir des nouvelles de son enfant par téléphone, elles sont toutes les deux importunées par diverses personnes. La scène à tourner se prépare dans le chaos : il s’agit de sorcières attachées sur des croix pour être brûlées... Presque toute l’action se déroule à l’intérieur d’un studio de tournage. Comme une variation de son précédent Climax, Gaspar Noé joue ici avec une forme de huis-clos où toutes les protagonistes vont s’affronter jusqu’à un dérèglement sensoriel hallucinant.

La (très) longue séquence finale de Lux Æterna est éprouvante pour le spectateur qui en prend (littéralement) plein les yeux et les oreilles. Certains y verront encore une provocation de Noé, on préfère y voir une nouvelle audace de Gaspar. Certains diront que Gaspar Noé est en perte d’inspiration, mais on considèrera plutôt qu’il est en recherche de respiration. Seul contre tous, Lux Æterna est justement un appel d’air pour encore plus surprendre à l'avenir, le temps nous dira tout.

Kristofy



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