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Port Authority

Certain Regard
USA


LES MÉTAMORPHOSES





« On dirait qu’une fille a eu ses règles sur ta gueule. »

Port Authority est de ces films américains qui laissent la vague impression de déjà vu. Malgré son histoire d’amour, a priori impossible, singulière, Danielle Lessovitz ne cherche jamais à sortir des sentiers battus de ce formalisme codé, imposé depuis trente ans par une succession de réalisateurs et réalisatrices produits en marge des grands studios.

La cinéaste échoue à construire un récit solide autour de cette rencontre entre deux marginaux : un jeune homme (blanc) de province, en liberté conditionnelle, arrivant à New York, et une jeune femme (noire), adepte de voguing. Toutes les étapes de leur histoire sont classiques et le scénario en est même assez prévisible. Le rythme est relâché, certaines scènes sans relief, et l'enjeu dramatique plus que rabâché.

Il faut toute la beauté et la candeur des deux acteurs pour que le film puisse être incarné et pour que leur romance soit crédible. Danielle Lessovitz montre une autre Amérique, celle qui survit, celle des exclus. Celle où l’on profite des expulsions pour faire du business, où l’on prend des douches collectives, où l’on morfle pour un rien.

Port Authority est beaucoup plus intéressant quand il s’agit de parler de communautés, très étanches entre elles, pour ne pas dire de famille : « Je veux juste aider les gens auxquels je tiens et qui tiennent à moi ». La famille qui nous rejette (ici une demi-sœur), la famille qui t’adopte (ici un refuge de jeunes sans-abris, tenu par un jeune mâle blanc malin et homophobe) et la famille à laquelle on veut appartenir (une tribu de vogueurs noirs, LGBT, en surnombre dans un petit appart).

Le jeune Paul va devoir choisir. Mais dans cette quête, il va aussi mentir, fabriquant ainsi le piège qui va le conduire jusqu’au moment de vérité : le choix de sa famille, et par conséquent, en trahissant l’autre. Au moins, la réalisatrice ne grossit pas le trait et n’explique pas en quoi il est attiré par un monde radicalement opposé au sien. Elle laisse le spectateur dessiner par lui-même le schéma psychologique.

Strike the pose

Paul et Wye (Leuna Bloom, fascinante et juste) forment un très beau couple de cinéma, à la fois doux et touchants, autant qu’attachants. Malgré les mensonges, on ne doute jamais de la sincérité de leurs sentiments et on comprend très bien leurs dilemmes dans un monde où la confiance est une denrée rare et précieuse. Cette vérité, mise à mal par la peur et la honte, qui conduisent toutes deux à ne pas être totalement honnêtes l’un envers l’autre, semble un idéal inatteignable.

Au sein de cette Amérique fragmentée, où les clans se forgent sur la sexualité ou la couleur de peau, sans qu’on imagine un jour une éventuelle réconciliation, Danielle Lessovitz, réussit surtout un film décryptant les codes du « genre » sexuel. Avec des mâles hétérosexuels, homophobes, surjouant la virilité, cognant pour un rien, traitant des femmes comme des objets à disposition, elle définit une partie de Paul, qui a grandi ainsi.

Elle contrebalance cette observation avec l’autre communauté - gay, lesbienne, trans - assumant la part féminine en chacun d’eux, dansant pour s’affirmer comme pour échapper à leur précarité, qui attire Paul vers ce qu’il a peut-être envie de devenir.

Cette confrontation des genres, et cette dualité féminin/masculin, est assurément le sous-texte le plus passionnant du film, et permet au jeune homme (Fionn Whitehead, formidable) de franchir son parcours d’obstacles jusqu’à sa propre révélation après une belle révolution intérieure.

vincy



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