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The Climb

Certain Regard
USA


LES CHOSES DE LA VIE





«- Si je t’attrape, je vais te tuer.
- C’est pour ça que j’ai attendu la montée.
»

The Climb est un mix de feel-good movie et de comédie de mœurs sur une amitié au fil des années, et des fâcheries.

A travers un scénario très écrit, Michael Angelo Covino réalise un film « à sketches » (chacun des sept chapitres pourrait être un épisode de série ou un court métrage) dans l’ordre chronologique, pour comprendre les destinées de deux potes d’enfance, qui se sépareront à cause de deux femmes, et tenteront de se retrouver à cause de deux drames.

Le film ne manque pas d’humour. C’est même parfois franchement cocasse. Pas seulement grâce aux dialogues ou aux situations (qui virent parfois au burlesque). Le cinéaste mise beaucoup sur l’effet de surprise : la conversation prend un virage inattendu ou les réactions ne sont pas celles qu’on prévoyait. La mise en scène y est pour beaucoup. Michael Angelo Covino utilise souvent le hors-champ pour mieux nous cueillir en nous montrant enfin le gag, souvent absurde, qu’il a préparé. En s’aidant de plans séquences, il permet à la scène de déployer tout son fil jusqu’à la chute, dont il manie parfaitement l’art. Il sait ainsi conclure ses chapitres de façon inimaginable ou renversante. Les personnages et l’image suffisent, sans un mot.

Buddy comedy

Le plaisir est réel à suivre ces deux mecs liés imperceptiblement par un pacte du sang, malgré des destins qui divergent. L’un s’améliore quand l’autre va se détériorer. Dans le fond, son film est beaucoup moins singulier que son style. La névrose masculine et les dissensions amicales ont déjà été maintes fois traitées au cinéma. Ses deux personnages ne se distinguent pas assez pour transcender leur banalité. Au moins, la plupart se reconnaîtront dans cette buddy comedy (« comédie de copains ») inspirée, avec ces deux mâles hétéros fragiles, qui se soumettent facilement aux femmes qui les entourent, et sont capables d’hystéries et de maladresses comme de souffrances et de dépressions.

S’il fait rire, notamment parce qu’il emprunte beaucoup aux duos comiques du muet comme aux fanfaronnades à sketchs italiennes, Michael Angelo Covino, sait aussi toucher en rendant vulnérables ses personnages. L’influence française sans doute (omniprésente dans son film, du Tour de France aux chansons fleur-bleue un peu ringarde en passant par le look « Cousteau »), et notamment celle de Claude Sautet, orfèvre du genre, l’amitié comme l’amour.

Il est alors presque regrettable d’avoir à subir dans les derniers chapitres, des discours plus didactiques sur la culpabilité ou la complicité, l’ingérence dans la vie privée ou l’indifférence à l’autre. Le cinéaste offre juste une énième variation sur l’amitié à l’épreuve de l’amour, comme si c’était irrémédiablement incompatible. On reprochera aussi d’avoir proposé ce septième chapitre qui referme son propos sur un échec de l’amour, donnant ainsi raison un peu trop grossièrement à l’ami. Même son allégorie sur la vie, à travers le vélo, est un peu trop appuyée (et facile) pour nous emballer pleinement.

Mais, grâce à des personnages aussi touchants que drôles, The Climb est un beau portrait d’un amour (platonique) au masculin (deux papas, un fils, trois vélos). On se souviendra surtout de quelques séquences cultes : ce premier chapitre en plan séquence dans les virages d’une montagne française, cette scène de mariage où le prêtre ne prend pas le consentement des époux à la légère ou encore l’enterrement qui part en vrille et l’enterrement de vie de garçon qui part à l’eau. Ne boudons pas un certain plaisir à rire ou sourire devant un film qui, en se moquant de ces deux boulets, divertit pleinement.

vincy



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