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Little Joe

Sélection officielle - Compétition
/ sortie le 13.11.2019


FLOWER POWER





«- Et qui peut prouver l’authenticité des sentiments ? Et qui s’en soucie ? »

Jessica Hausner reprend le mythe de Frankenstein, monstre aux allures humaines, en utilisant une fleur génétiquement améliorée, qui doit rendre les gens heureux lorsqu’on inhale son pollen. Mais, il semblerait que Little Joe, le nom de cette fleur stérile, modifie plus profondément le comportement humain en rendant son propriétaire dépendant d’elle. La créature se retourne ainsi contre les créateurs.

Le film de la cinéaste autrichienne joue sur le soupçon, et ne divulguera jamais une vérité sur les phénomènes étranges qui se produisent à cause de cette fleur (si elle est vraiment coupable). En installant cette atmosphère aussi étrange que confuse, Jessica Hausner propose au spectateur de se faire son propre jugement sur les faits : la fleur est-elle vraiment toxique et aliénante ou est-ce que les personnages changent de comportement naturellement ? Que ce soit Joe, dont l’adolescence bouscule peut-être ses aspirations, ou Bella, qui se remet mal d’un burn-out, bascule peut-être dans une forme de folie… L’éternel combat entre la science, qui repose sur des certitudes mais aussi l’expérimentation (et ses erreurs) et le psychologie (de la foi au doute).

L'incapacité à être heureux

Si ce récit fantastique est bien mené, il n’en demeure pas moins trop ténu pour être captivant. Le film aurait pu être un court ou moyen métrage tant l’histoire tient sur peu d’éléments. La réalisatrice l’étire avec un discours sur les limites de la bioéthique, la volonté de tout contrôler, la vulnérabilité des êtres face à l’imprévu. La fleur est le fruit d’une manipulation du vivant, mais, finalement, ce sont bien les vivants (humains) qui se sentent manipulés. Cette plante qui les obsède tous, à la manière de celle de La petite boutique des horreurs, qui elle était carnivore, n’est que le révélateur de leurs propres angoisses (ou peurs), tout en étant l’allégorie de notre addiction aux anti-anxiolytiques, neuroleptiques et autres analgésiques. C’est un xanax végétal qui transforme notre perception de la réalité. En cela, qu’elle soit volontairement « serial-killer des mauvaises humeurs » ou « placebo psycho », le résultat est effrayant.

Cela donne un monde où les émotions ne sont plus sincères, où ce que l’on ressent est factice. Chacun semble détraqué et déboussolé par ce LSD végétal, qui connectent les « asservis » et exclus les autres. Little Joe se mue en thriller paranoïaque, mais sans aucune tension. Comme si le spectateur lui-même était sous anesthésie légère.

Cependant, Jessica Hausner réussit un tour de force en nous rendant son film envoûtant : c’est brillamment mis en scène, enrichi d’une image somptueuse, d’un cadrage parfait, d’une bande son dramatiquement saisissante (aux influences nippones), et d’une direction artistique splendide. En cela, on est hypnotisé par cette esthétique si cinématographique, aussi minutieuse que recherchée. Cela renforce l’aspect « bizarre » de cette histoire tout comme ça illustre le propos du film. Est-ce un cauchemar ? Est-ce une allégorie ? Ou tout simplement, cette beauté visuelle cherche-t-elle à nous séduire pour nous montrer à quel point le bonheur est un mirage ? Une chose est sûre : la cinéaste nous rappelle que contrôler la vie, ou le vivant, comporte de sérieux risques et s’avère assez vain.

vincy



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