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Beatriz Seigner

 

Los silencios

Quinzaine des réalisateurs - Compétition
/ sortie le 03.04.2019


REVENUS





« Je n’arrive pas à croire que vous êtes en vie ! »

Dans la petite île d’Amazonie où trouvent refuge Amparo et ses deux enfants, après avoir fui le conflit colombien, il ne faut pas se fier aux apparences. Le père disparu réapparaît sans prévenir, afin de participer à la vie familiale, et les morts se réunissent pour prendre des décisions importantes pour le village. On n’est pourtant pas dans un film de spectres, et le propos de la réalisatrice Beatriz Seigner n’est pas de convoquer les défunts pour effrayer les vivants. Au contraire, ses personnages fantomatiques (mais au fond qui est mort ? qui est vivant ?) viennent avec simplicité reprendre la place qui aurait dû être la leur, s’ils n’étaient pas morts pendant la guerre civile.

Avec beaucoup de pudeur et de retenue, la réalisatrice brésilienne dresse à grands traits le tableau d’une société figée dans l’attente, confrontée à un vide impossible à combler, et pourtant désireuse de construire une nouvelle vie. De cette tension naissent des scènes ténues, parfois contemplatives, où les êtres sont à la fois démunis et désorientés, et pourtant mus par la nécessité de se battre pour survivre, y compris de manière extrêmement matérielle.

A la lisière du fantastique, mais ancré dans une réalité concrète, le film s’appuie sur le témoignage de réfugiés colombiens qui vivent au quotidien en présence de leurs morts. Parmi ces rescapés d’une guerre civile qui a duré près de 50 ans cohabitent parfois des membres des FARC et des victimes de la guérilla, tous réunis autour d’un traumatisme dont le film capte les manifestations invisibles mais indélébiles.

Mais si le propos est métaphorique et éminemment politique (la question des réfugiés, des déplacés, et de ceux qui ont tout perdu, y compris la vie, est évidemment brûlante d’actualité, et particulièrement proche de nous), cela n’empêche pas la réalisatrice de chercher un processus d’apaisement dans lequel inclure le spectateur. Cela passe notamment par l’importance accordée à la nature, et par des plans d’une grande beauté qui viennent réconcilier les personnages avec leurs souffrances, à l’image du rituel final, filmé de nuit, sur des pirogues, alors que les fantômes aux couleurs phosphorescentes illuminent l’obscurité comme pour signifier la possibilité d’un réconfort, d’une réconciliation et d’un espoir.

MpM



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