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Robeldo Puch

 

L'ange (El angel)

Certain Regard
Argentine / sortie le 09.01.2019


LE MONDE EST À LUI





A partir d’un fait divers réel du début des années 1970, Luis Ortega réalise un portrait de meurtrier / braqueur saisissant et fascinant. Car avec sa gueule d’ange, né de bons parents, modestes, conservateurs et croyants, Carlitos n’a rien d’un mauvais garçon en apparence. Même ses premiers cambriolages sont assez anodins. Quand il croise le regard ténébreux de Ramon, le jeu va devenir plus dangereux et les deux jeunes hommes vont filer à toute vitesse vers les enfers.

Car c’est bien d’un Diable dont on parle. Un ange noir, comme il est surnommé. Avec cette jeunesse insouciante (et inconsciente), cette énergie pulsionnelle et hormonale qui franchit les lignes de l’amoralité, ce sentiment d’éternité qui abolit toutes limites.

Il ne fait aucune distinction entre le bien et le mal, entre le confort ouaté du foyer familial et la bijouterie braquée qu’il voit comme une pâtisserie. Son regard est vide, presqu’incrédule dans les moments les plus sanglants. Et pourtant, ce qui impressionne c’est la mise en scène de Luis Ortega, qui cherche à conserver, contre vents et marées, ce regard enjôleur et plein de candeur au petit criminel devenu meurtrier en série.

Il y a une ce mélange étrange et fascinant entre le thriller et la douceur, l’horreur tolérable et l’effroi provoqué. Les meurtres, d’une violence expéditive digne de Scorsese, semblent suspendus dans une ambiance douce, cotonneuse comme de la barbe à papa. Friandise rose, qui est aussi une couleur chaude.

Queer et sang

La gaité du personnage – admirablement incarné par Lorenzo Ferro – se confond avec sa « gayté ». C’est l’autre histoire de ce récit initiatique et satanique. Il se sent chez lui avec une famille plus intéressante, aux marges de la Loi, mais surtout il croise Ramon (Chino Darin, fils de Ricardo). Ensemble ils deviennent des Bonnie & Clyde homo(érotique), de plus en plus ambiguës, jusqu’à incarner une sorte de duo glamour à l’amour inavoué (inavouable ?). La séquence où Carlos se transforme en Marilyn atteint un paroxysme queer.

Subtilement, le film dessine, ainsi, une homosexualité latente, jamais assouvie - et qui restera trouble - dans un contexte et une époque où, comme le dit un militaire, la violence ne peut avoir qu’un visage patibulaire et viril. Or, à la place des tentants bijoux de famille, on y place de gros joyaux métaphoriques tout aussi désirables.

C’est d’ailleurs parce que la sexualité ne sait pas s’exprimer même si le désir est clair quand il mate fixement les couilles pendantes du père plutôt que de céder aux avances de la Mme Robinson du trio de malfrats, que la violence sert d’exutoire. Faîtes le mal à défaut de se taper du mâle.

Luis Ortega utilise sans doute des effets trop marqués parfois. Il y insuffle un maniérisme qui, couplé à la reconstitution, ne se distingue pas forcément de films du genre similaire. Mais la performance des comédiens et cette alliance entre un désir implosif et cette violence explosive, conduisent à un drame efficace et saisissant, doté d’un élan romanesque séduisant.

vincy



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