39-98 | 99 | 00 | 01 | 02 | 03 | 04 | 05 | 06 | 07 | 08 | 09 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | 17 | 18


 
 
Choix du public :  
 
Nombre de votes : 2
 












 
Partager    twitter



festival-cannes.com

 

Wildlife, une saison ardente

Semaine critique - Séances spéciales
USA / sortie le 19.12.2018


EN TOUTE FRANCHISE





La première réalisation de Paul Dano est à la hauteur du talent, déjà connu, du comédien. Dans Wildlife, on perçoit toute l’hypersensibilité qu’on lui devine.

Il y a d’abord cette Amérique des oubliés, décidément l’un des grands thèmes du cinéma américain ces derniers mois. Les paysages autrefois décors de westerns sont désormais des lieux à l’écart du monde, entre déclassement et honte sociale (le chômage, déjà).

Et puis il y a ce couple qui se disloque, délicatement. Les faux-semblants se muent en vérités conjugales qui font mal. Le regard intime porté sur ce récit, teinté d’une jolie justesse, en fait un drame mélancolique et initiatique, et presque atemporel. Un regard bleu comme celui de Ed Oxenbould.

Parce que l’esthétique est empruntée à un art moderne américain classique (après tout nous sommes dans les sixties), que l’histoire est adaptée d’un monument de la littérature (un roman de Richard Ford), Paul Dano inscrit cette première réalisation dans la veine d’un cinéma plus discret qu’épatant.

Pourtant on est rapidement séduits tant la mise en scène pudique et maîtrisée, sans effets ni surdramatisation, amène ce couple, à travers le regard de leur fils adolescent, à se désagréger sans heurts, mais pas sans blessures.

Car cette routine pensante - la vie d’une famille américaine qui ronronne sous les caresses anesthésiantes d’un American Dream – va révéler des fissures de plus en plus béantes, jusqu’à la fracture inguérissable. La souffrance est dans le silence et la distance, qui s’accroissent.

Paul Dano est en fait un pointilliste, proche du minimalisme. Par petites touches, tout s’écroule, cruellement. Car c’est bien les non-dits des adultes et l’impuissance de l’enfant qui créent cette tension sourde dévastatrice, brisant cette vie monotone, paradoxalement magnifiée par des images somptueuses. Son duo de comédiens contribue fortement à cette picturalité des sentiments, en jouant subtilement leur partition intériorisée. Le père dépassé et la mère prête à tout bousculer. Mais ce n’est pas seulement ça : si l’enfant devient adulte à travers cette séparation, l’épouse s’émancipe aussi et comprend qu’elle a changé à travers son mariage et sa maternité. Cette double initiation s’enlace et étouffe nos cœurs, prêts à pleurer.

Car, l’élégance visuelle n’empêche pas l’émotion de percer par-delà les tourments des uns et la tristesse des autres. Comme la froideur ne peut pas contenir les flammes dévastatrices. Et si les parents sont aussi incapables de sauver les meubles, on peut croire que leur progéniture, plus mature, leur pardonne et croie encore à ses rêves.





(c) ECRAN NOIR 1996-2019