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Sauvage

Semaine critique - Films en sélection
France / sortie le 29.08.2018


CŒUR INVAINCU





« Des fois, j’ai l’impression que tu aimes ça, faire la pute !
- Et alors ?
»

C’est un premier film solaire et dur à la fois, qui dresse le portrait ambivalent d’un jeune homme farouche et insaisissable. Si cet anti-héros immédiatement attachant ne cesse de se dérober devant la caméra, et souvent face au monde, c’est qu’il refuse de se laisser étiqueter, décortiquer, mettre en mots ou en concepts. Le réalisateur Camille Vidal-Naquet s’en garde bien, d’ailleurs. Il ne cherche ni à juger, ni à expliquer son personnage, et encore moins à le faire plaindre. Il filme, simplement, son corps, son énergie, sa fragilité. Il le suit dans les passes douteuses et dans celles qui se transforment en rencontres, dans les moments d’humiliation comme dans ceux, suspendus, de complicité ou de joie. Il le regarde vivre, aimer, se brûler les ailes, et ne pas renoncer. A quoi ? Pourquoi ? Au spectateur d’imaginer les réponses, de deviner ce qui meut cet être à vif, au corps déjà usé mais au cœur toujours prêt à s’emballer.

Felix Maritaud, découvert en 2017 dans 120 battements par minute de Robin Campillo et vu à plusieurs reprises chez Bertrand Mandico, porte le personnage en même temps que le film. Son interprétation est physique et instinctive, désarmante de vulnérabilité. A la fois pleine de nuances, et donnant le sentiment d’un bloc de résistance passive face aux saloperies du monde. A la violence qui l’environne, au désespoir qui étreint ceux qui l’entourent, il oppose ainsi sa douceur et ses grands yeux écarquillés, comme sans cesse surpris de ce qu’ils regardent.

Et c’est lui, le jeune homme sauvage, aux émotions brutes, qui apprivoise le spectateur et le dépouille à la fois de ses certitudes et de ses a-prioris. Rarement un portrait de cinéma n’aura été à ce point sans concession, à la fois dans ce qu’il montre (l’insoutenable scène où le jeune prostitué devient une simple marchandise aux yeux de ses clients-maquignons) et dans ce qu’il laisse dans l’ombre (l’implacable ellipse de la passe avec le « pianiste »), et ce sans jamais chercher la thèse ou le sujet de société. Camille Vidal-Naquet ne dénonce pas plus qu’il ne juge, il ne sollicite ni l’assentiment du spectateur, ni sa compassion. Il se contente de lui livrer des scènes brutes où piocher ses émotions, et suivre son propre cheminement. Le moins qu’on puisse dire est que celui-ci promet d’être long et fébrile.

MpM



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