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En liberté !

Quinzaine des réalisateurs - Compétition
France / sortie le 31.10.2018


CARRE AMOUREUX





"J'ai envie de taper et de me faire taper."

Quatre ans après Dans la cour, Pierre Salvadori est de retour derrière la caméra. Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs 2018, son nouveau film En liberté ! y a fait l'unanimité. Explications.

Des personnages barrés

Yvonne est une jeune inspectrice de police qui découvre que son mari, le capitaine Santi, un héros local tombé au combat, était en fait un flic corrompu. Déterminée à réparée ses torts, elle croise le chemin d'Antoine, injustement incarcéré par Santi depuis huit ans. De cette rencontre folle et inattendue vont naître des situations plus cocasses les unes que les autres.

Avec tout l'humour et la folie qu'on lui connaît, Pierre Salvadori propose une brochette de personnages haut en couleurs et surtout complètement à côté de la plaque. Si l'aspect professionnel de la vie de chacun n'est que brièvement évoqué, il faut bien reconnaître que c'est leur incapacité à se laisser aimer pleinement qui séduit ici. Yvonne pleure son mari depuis deux ans, Antoine tente d'être celui qu'Agnès attend depuis huit ans tandis que Louis, wingman parfait en apparence, il cache ses sentiments pour Yvonne.

Ce surplus de sentiments facilite le balai des acteurs et, à de multiples moments, le spectateur est tenté de se demander s'il ne s'agit pas là d'une simple comédie romantique. Mais il n'en est rien. En liberté ! fait en effet s'aimer ses personnages mais le film de Pierre Salvadori lorgne davantage du côté de la comédie burlesque. Ses protagonistes sont à la fois des romantiques et de véritables têtes brûlées. Persuadés que les deux sont incompatibles, ils se cherchent, se trouvent parfois et donnent surtout lieu à des situations loufoques voire absurdes. On pense notamment à ses retrouvailles qui nécessitent d'être refaites, à ce braquage de bijouterie en combinaison SM ou encore à ce violent plongeon dans une crique.

Un réalisateur-scénariste chef d'orchestre

Plus qu'un metteur en scène, Pierre Salvadori offre ici à ses acteurs l'un de leurs meilleurs rôles. Certains sont à contre-courant comme Adèle Haenel et cette prise de risque s'avère payante. Plus encore, l'écriture est si fine et pertinente que l'on ne peut s'empêcher de rire. Le réalisateur de Hors de prix joue avec les genres, mêle comédie, drame, policier et fantastique pour un résultat bien supérieur à nos espérances.

Avec son rythme effréné, son enchaînement de séquences improbables et ce plaisir visible sur le visage des acteurs, En liberté ! aurait tout à fait pu intégrer la sélection officielle et la compétition cannoise cette année. Car le film de Pierre Salvadori n'est pas qu'une comédie ou un feel-good movie. C'est une œuvre dont on ressort le sourire aux lèvres (certes) mais également la tête dans les nuages, persuadés que de grandes et belles choses sont à venir.

Sans jamais écrire des scènes comiques juste pour le plaisir de faire rire, Pierre Salvadori porte un regard neuf et aiguisé sur l'être humain et notre société. Son film traite avec subtilité les changements de personnalité liés à des années d'enfermement, la perte d'un être que l'on idolâtrait, la difficulté d'aimer la femme d'un ami, l'impossibilité de tout dire à nos proches ou encore la solitude des femmes de détenus. On rit beaucoup devant En liberté ! mais on réfléchit également.

Un casting de rêve

Dans le rôle d'Yvonne, c'est avec un immense plaisir que l'on retrouve Adèle Haenel. Absolument géniale et convaincante dans Les Combattants et 120 battements par minute, elle donne ici corps à un personnage que l'on pourrait trouver sérieux et "réglé" mais qui s'avère complètement foutraque, au panel d'émotions plus impressionnant que ses performances sur le terrain. Et c'est sans doute parce qu'Yvonne n'est pas juste "une femme de flic" qu'Adèle Haenel a accepté le rôle et permet au film de s'envoler. Bien qu'elle soit mère, Yvonne demeure en effet une femme qui, après deux années de deuil, tombe des nues et est bien décidée à aller de l'avant, tant au niveau de sa carrière que des hommes. Sensible et forte à la fois, Yvonne fait figure d'héroïne moderne, consciente du monde qui l'entoure mais toujours prête à écouter son cœur.

Face à elle, on ne peut que féliciter l'incroyable performance de Pio Marmaï. En ex-taulard complètement bouleversé par son retour à la "vie normale", l'acteur déjà vu dans Toute première fois se révèle encore un peu plus en homme capable de tout faire. Si son visage est amplement utilisé dans En liberté !, il convient de noter que son corps fait une bonne partie du boulot. Toujours partant pour surprendre, il n'hésite pas à enfiler des tenues en latex, à jouer avec des godes géants et à simuler la schizophrénie. Aux côtés d'Adèle Haenel, son charme se retrouve décuplé et on ne peut que regretter que les deux ne tournent pas plus souvent ensemble.

Et il en va de même pour sa relation à l'écran avec Audrey Tautou. A 41 ans, elle parvient à illuminer le film par petites touches de sa sensibilité tant appréciée. Enfin, impossible de ne pas évoquer le cas Damien Bonnard. Cinquième roue du carrosse au début du film, il s'impose rapidement comme le love interest sur lequel il faudra compter d'Yvonne et parvient rapidement à faire oublier Vincent Elbaz. Un véritable exploit !

Condensé d'humour et de bons sentiments, En liberté ! est sans l'ombre d'un doute le film le plus drôle que l'on a pu voir à Cannes en 2018.

wyzman



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