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The House that Jack Built

Sélection officielle - Hors compétition



EGOTRIP MISOGYNE





"Vous avez une tête de tueur en série..."

Après sept ans de bannissement, Lars Von Trier présente cette année son nouveau film, The House that Jack Built, hors-compétition à Cannes. Grâce à son acteur principal, Matt Dillon, le réalisateur danois propose une vile réflexion sur l'existence humaine pour mieux parler de lui. Explications.

Une histoire de psychopathe

Il y a plus de 40 ans aux USA, Jack est un homme normal malgré ses TOCs, jusqu'à ce qu'il se mette à tuer des anonymes. Persuadé que chacun de ses meurtres est une œuvre d'art en soi, il va, pendant plusieurs mois, réussir à échapper à la police. Mécontent de cela, il se met à prendre davantage de risques. Tout au long du film, il se livre sur sa situation personnelle en discutant avec un inconnu, Verge (Bruno Ganz), qu'on peut traduire en français par "à la limite de".

Voilà pour le pitch de ce que certains qualifient déjà de "pire film de Cannes 2018". Extrêmement violent et gore, The House that Jack Built repose essentiellement sur la performance plus qu'admirable de Matt Dillon. Absolument brillant en tueur en série toqué, celui que l'on a vu récemment dans Braquage à l'ancienne donne tout et réussit même à rendre ce personnage de détraqué un brin comique. Malheureusement, le scénario de Lars von Trier ne fait pas de The House that Jack Built un film drôle malgré ses moments cocasses.

Centré sur cinq "incidents" de la vie criminelle de Jack, le film de Lars von Trier est surtout propice à des scènes d'une cruauté inouïe, souvent tournée vers les femmes. La première (Uma Thurman) a le crâne explosé par un cric. La seconde (Siobhan Fallon Hogan) est étranglée à de multiples reprises avant d'être poignardée. La troisième (Sofie Grabol) voit ses enfants abattus comme des animaux avant d'être elle-même traquée telle une proie. La quatrième (Riley Keough) se fait littéralement découper les seins. Quant au cinquième incident, Jack essaye de tuer plusieurs hommes avec une seule balle !

Réflexion autocentrée sur l'art

Grâce à sa discussion avec Verge, Jack se laisse aller à de multiples sophismes pour expliquer l'importance de son "œuvre" et ses divers desseins. L'occasion rêvée pour Lars Von Trier de tenter de justifier de manière peu subtile la violence inhérente à tous ses projets. Les références à des œuvres d'art sont multiples et le cinéaste va jusqu'à insérer des scènes de ses propres films pour appuyer son propos : la mort est synonyme de beauté. Et parce que Jack n'est finalement que la cristallisation des démons du réalisateur, The House that Jack Built a tout d'un épilogue dans sa carrière, rempli d'autocitations. Le film s'avère ainsi troublant de narcissisme.

The House That Jack Built concentre tous les thèmes qui ont fait sa réputation : violence, misogynie, antisémitisme, religion et surnaturel. Il choque et dégoûte mais s'avère également fascinant. L'envie de quitter la salle est grande. Cependant, parce que la mise en scène impeccable de Lars von Trier attire l'attention et aiguise les sens, le besoin de voir comment ce carnage se terminera se ressent rapidement.

De bonne facture

Sur le plan technique, le film ne manque pas d'intérêt. Les scènes de boucherie sont suffisamment espacées les unes des autres pour permettre au spectateur de reprendre son souffle. Et avec tout le talent qu'on lui connaît, le réalisateur de Melancholia parvient à créer une tension dramatique rarement vue jusque-là. Son film est gore et parfois abrutissant mais l'ensemble est incroyablement magnétique.

A l'exception de la dernière partie complètement axée sur la discussion quasi métaphysique de Jack et Verge, The House that Jack Built permet à des acteurs autres que Matt Dillon de briller à l'écran. Uma Thurman est exquise ; Siobhan Fallon Hogan est à mourir de rire ; Sofie Grabol est touchante tant elle traduit bien l'effroi de son personnage et enfin, Riley Keough impressionne par sa capacité à jouer "la fille bête".

Résolument fait pour choquer, The House that Jack Built est de ces films qui marque une édition cannoise par les polémiques qu'ils engendrent. Mais au-delà de la performance de son acteur principal, on en retiendra pas grand-chose tant le sensationnalisme l'emporte au détriment de ses œuvres majeures plus existentialistes. Dommage que ce grand retour à Cannes de Lars von Trier soit aussi la preuve qu'il se complaît dans ses cauchemars maniaco-dépressifs, un égocentrisme qui l'enlise dans des films perturbants et perturbés.

wyzman



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