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A genoux les gars

Certain Regard
France / sortie le 20.06.2018


CECI N’EST PAS UN OUI





« On est trois cerveaux contre un, on réfléchit plus vite que toi. »

Non, ne fuyez pas ! Au premier abord, et même au deuxième, À genoux les gars est difficile d’accès : langage ultra-contemporain parfois difficile à déchiffrer et souvent peu audible, ton provocateur, sujet sensible... il faut s’accrocher pour ne pas tourner les talons. Ce serait dommage, car la dernière demi-heure vient éclairer le projet de départ du réalisateur : prétendre adopter le point de vue des harceleurs / violeurs pour mieux en décortiquer le mécanisme et faire passer le tout sur le ton de la comédie pour s’adresser au public le plus directement concerné : les adolescents.

Projet difficile, donc, et ambitieux, qui a toutes les chances d’être mal compris. Car la première partie du film, celle de la mise en place des enjeux, puis du viol et du harcèlement, est insupportable. On y entend des propos sur les femmes qui sont intolérables, mais reflètent ce que pensent certains jeunes (et moins jeunes hélas). Ainsi, les deux personnages masculins voient leurs petites amies comme des objets sexuels à leur service. Chantage, manipulation, apitoiement... tout est bon pour obtenir des faveurs sexuelles considérées comme allant de soi, voire obligatoires.

La question du consentement est centrale dans notre société, et tout film qui s’y affronte doit être salué. Malgré tout, Antoine Desrosières prend le risque de choquer. Le ton volontairement comique et outré, à la limite de la farce, la naïveté des jeunes filles, l’immersion sans filtre du spectateur au milieu des protagonistes, créent un climat dérangeant, presque malsain. Le film semble même parfois aller à l’encontre de son propos en ne remettant pas réellement en cause les clichés véhiculés par les protagonistes masculins, ou à force de trop prendre les choses à la rigolade. Tout est une question de curseur, et celui d’ A genoux les gars est probablement un cran trop loin. Reste que le film assume sa singularité et propose une réflexion collective (le réalisateur a écrit le film avec ses comédiens, en se basant sur leurs improvisations) sur un enjeu de société central. Peut-être n’avait-on pas très envie de regarder cette réalité en face, mais se voiler la face n’a jamais fait avancer les choses.

MpM



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