Choix du public :  
 
Nombre de votes : 109
 












 
Partager    twitter



festival-cannes.com

 

Purple Butterfly

Sélection officielle - Compétition
Chine


In the mood for guns





«- Cynthia, tu veux danser ?»

Une très belle chinoise (Zhang Ziyi, magnifique) est amoureuse d’un ténébreux japonais dans une Chine au bord de la guerre. L’amour est évidemment impossible au cœur de cette haine.
Ce papillon pourpre aurait pu être une fresque classique, épique, tragique, symphonique, historique. Sa beauté nous renvoie les images des Fleurs de Shanghai et d’In the mood for Love. Mais Lou Ye a sa propre signature. Elle peut énerver, elle peut aussi séduire si l’on se laisse emporter jusqu’à la fin. Car si le réalisateur a réussi sa fin, surprenant twist justifiant tous les actes qui ont précédé, il est aussi parvenu à nous emprisonner dans son espace temps. Les dix premières minutes sont si calmes qu’elles sont aux frontières de l’ennui. Une attaque kamikaze, rapide, soudaine, choquante nous réveille alors. Le film explose en plusieurs morceaux. Dès lors, Lou Ye joue avec l’espace et le temps, justement. Il emploie de nombreux flash backs, éclate son récit autour de cinq personnages (et de nombreux lieux). Tous s’entrecroisent. Tous s’entretuent aussi. Le piège est incontournable, et la fatalité évidente. Alors on s’y perd. Pour mieux s’y retrouver. Si une scène n’a pas de sens, a priori, elle trouve sa signification plus tard, avec l’explication ou un autre angle de vue. Narration complexe et fascinante, il permet de finir, non pas sur un carnage longuement anticipé, mais bien sur le motif de ce massacre. Quand elle demande : » Pourquoi nous battons-nous ? », le propos, placé à la toute fin du film, raisonne comme une devise pacifiste. Elle doute, mais elle aime aussi. C’est cet amour, qui n’existait pas devant nos yeux, qu’on avait peut-être deviné, qui la conduit à surpasser ses doutes. Aussi nous comprenons son geste tragique après l’avoir vu de nos yeux. Et tout le film, alors, se met en place dans un ultime plan séquence qui nous renvoie quasiment aux origines de cette histoire.
Cette construction, passionnante, n’apporte hélas rien au spectateur. La plupart trouveront même cela confus, tellement les dialogues sont minimalistes et les personnages mal présentés. Puzzle embrouillé, Purple Butterfly s’enlève toute capacité à émouvoir. D’autant qu’il n’est pas aidé par le rythme global du film. Très inégal, l’attention se relâche facilement. Pourquoi étirer ainsi l’histoire avec de vaines contemplations, où rien ne comble l’écran vide, sauf peut-être une pause cigarette (elles sont nombreuses et répétitives).
Ces langueurs désaccordent le quintet admirable. Cela tient sans doute au fait que Lou Ye n’a pas su choisir son film parmi ces films. A force de trop jouer avec le montage, il en a oublié sa cohérence, oscillant entre le mélo et l’action, le grand spectacle et le romanesque.
C’est un regret que l’on émet. Car en voyant toute cette beauté mise au service d’une si belle histoire, en suivant cette caméra vivace et ces plans travaillés, nous pressentions l’émergence d’un grand cinéaste dans la lignée des Zhang Yimou et Chen Kaige. Il faudra attendre qu’il prenne davantage confiance en son talent, qu’il soit moins bricoleur, pour donner sa pleine mesure. Le Papillon, alors, pourra s’envoler.

(Vincy)

Vincy



(c) ECRAN NOIR 1996-2017