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Die Fetten Jahre sind vorbei (The Edukators)

Sélection officielle - Compétition
Allemagne


BANDE A PART





«- Fumer détruit l’énergie révolutionnaire de la jeunesse.»

N’exagérons rien : ce n’est pas le retour du cinéma engagé. Mais ce film dont le titre allemand signifie « Vos temps de vaches grasses sont comptés » a su capter l’air du temps. Le match oppose des utopistes à un capitaliste, de ceux qui rêvent d’un monde plus juste à ceux qui ont succombé aux charmes du pouvoir. La confrontation des valeurs se fera dans un Davos personnalisé : un chalet alpin. Le film, dans sa forme, se laisse piéger par la volonté de séduire un jeune public. Mais avec quelques baisses de rythmes et beaucoup de choses à dire, Weingartner, parvient à insuffler des traces personnelles et à ne pas se laisser dicter par de l’action et une musique tendance.
D’abord il dénonce, ensuite il oppose, finalement il laisse la porte ouverte. Mais reconnaissons que son film sur trois « terroristes » malgré eux, trois jeunes prêts à lutter contre les inégalités, à hurler contre les injustices, est avant tout un acte poétique. Pas de bombes, peu d’armes. Peu de violence. Et pas mal d’amour. Remercions ce cinéaste d’avoir eu l’intelligence de réactualiser la révolution, et d’avoir mis Mai 68 au placard. Il n’y a plus d’innocents et il y a trop de victimes.
Le film paraît souvent trop binaire, avec les jeunes et gentils contre les vieux et méprisants. Divisé entre deux discours : le système subit et les règles à suivre. Mais ce ne sera pas si simple. Les constats sont lucides. Les symptômes sont avérés. Les maux sont réels. Reste à trouver la bonne solution avant d’avoir envie ou besoin de capituler. Avant d’être en prison. Avant de faire les compromis qui anéantiront nos envies de vie sauvage et libre.
Parfois intelligent, parfois trop bavard, le cinéaste oublie qu’il est au cinéma et pas dans un essai de littérature. Grâce à ses quatre protagonistes, le film accélère ou décélère sans trop risquer le détournement de notre attention. Si les trois jeunes sont parfaits dans leurs rôles d'idéalistes sexys, le kidnappé impose une rare puissance avec peu de mots.
On est loin de Funny Games, de Haeneke. Ce cinéma là n’a rien de dérangeant. Au pire il chatouille notre adrénaline. Il cherche des réponses. Et parfois s’emmêle les pinceaux entre son histoire d’amour à trois et son propos critique. Si nous ne sommes jamais surpris par ce discours, nous apprécions de suivre ce kidnapping pas comme les autres, avec beaucoup d’humour et sans aucun suspens (hormis la trahison de la fin). Le film ne ressemble pas à ses héros. Il est même plutôt sage. Comme déjà désillusionné. Décalé ?
Le cinéaste serait-il déjà trop vieux, simplement observateur ?
«Avant 30 ans si t’es pas de gauche, t’as pas de cœur. Après si tu le restes, t’es cinglé.» Grâce à quelques rebondissements et un habile final, on comprendra que Weingartner voudra laisser à cette jeunesse intrépide le choix des armes. Ne pas finir en passant 4 heures derrière sa télé. «Certains hommes ne changent jamais». Mais le réalisateur nous fait comprendre qu’on peut aussi changer. Ce qui donne un film malin, actuel et populaire.

vincy



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