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Les filles d'Avril (Las hijas de Abril)

Certain Regard
/ sortie le 02.08.2017


MÈRE(S) AGITÉE(S)





Michel Franco aime bousculer le spectateur avec des personnages empathiques qui agissent de manière antipathiques. Ses films sont noirs psychologiquement, ses personnages toujours un peu malades, ou viciés. Les filles d’Avril ne fait pas exception. Après l’inceste forcé de Daniel et Ana, le martyr d’une orpheline dans Despues de Lucia et la jouissance cachée d’un aide-soignant pratiquant l’euthanasie dans Chronic, le voici qui affronte la maternité par le biais d’une relation perverse entre une mère et ses filles.

Si Les Filles d’Avril paraît plus séduisant que les précédents films cités, c’est avant tout grâce à la présence d’Emma Suarez, mente religieuse séduisante, une femme douce en apparence, une névrosée pathologique au fond d’elle-même. C’est le pilier du film comme de la famille. Et chacune de ses scènes écrase les autres séquences qui nous paraissent plus anodines au point de ne plus vraiment se souvenir des rôles environnants.

Cependant Michel Franco, sans doute par la grâce de ses actrices, rend sa mise en scène peut-être plus attirante qu’à l’accoutumée. Ce qui ne rend pas le film moins malsain. On a toujours cette étrange impression que les dilemmes moraux ne sont pas résolus, et, pire, qu’il aime les observer comme un voyeur complaisant avec la torture psychologique.

Du drame sans mélo

Ce qui donne ce sentiment provient toujours de deux fondamentaux dans ses récits. D’une part, la dramatisation à outrance de l’histoire, comme un fait divers surdosé en pathos. On ne ressent pas réellement de l’affection, de l’amour, de la vie dans ces tranches de vies où, finalement, tout est carnage. Le saccage (ici familial) ne laisse aucune issue. Non pas qu’on rêve d’un happy end, mais Michel Franco préfère toujours une forme de nihilisme qui bat à froid le spectateur.

D’autre part, ses personnages, hormis dans ce film celui d’Emma Suarez, restent tous dans la même tonalité. Et comme ils ne sont pas brillants, le désintérêt pour eux l’emporte. Que ce soit la jeune fille insouciante et immature, mère par accident, la grande sœur qui semble subir sa dépression et ses complexes sans réagir, le jeune père/amant tellement soumis qu’on se demande s’il a un quelconque caractère… Comment dans ce cas éprouver la moindre compassion ?

Si Les Filles d’Avril se distingue des autres œuvres de Franco, c’est bien par son personnage central. La fameuse Avril. C’est l’intruse. D’ailleurs, elle arrive un peu tardivement dans le film. Elle déboule, devrait-on dire. Dès qu’elle débarque, le film se réveille. L’enjeu se dessine. Les plans sont habités. Emma Suarez est la plus belle de toutes, la seule qui ait une personnalité, une maturité. Elle domine le casting et remplit le film. C’est aussi elle qui déclenche les drames. Mère absente puis trop présente, elle va dévorer ses filles pour nourrir ses propres désirs. Avril « vole » ainsi la progéniture de sa progéniture, le géniteur et abandonne ses deux « grandes » à leur sort. Pur égoïsme. Pure monstruosité. C’est une ogresse de conte de fée, celle qui est capable d’envoyer sa petite dans la forêt puis de jouer l’ogre pour la tuer. La névrose est patente. Le délire ira jusqu’à une folie aigüe.

Personnage torturé, histoire tordue, comportements tarés : Michel Franco ne fait pas dans la demi mesure. Froidement, sans hystérie, mais sans humanité aussi, il filme ce massacre entre femmes avec une jouissance palpable, mais sans amour.

vincy



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