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Turning Gate

 

La femme est l'avenir de l'homme (La femme est l avenir de l homme)

Sélection officielle - Compétition
Corée du sud


LES HOMMES SANS PASSE





«- Je peux gémir ?»

Hong Sangsoo explore une fois de plus son milieu (encore un cinéaste dans le trio), sa génération et leur désoeuvrement. Son cinéma, qui croise parfois, fugacement, celui de Godard ou Truffaut, s’affirme à travers des scènes que l’on a déjà vues dans ses films précédents. Les dialogues anodins et les situations bizarres déboussoleront le novice. Ils ne font qu’exprimer le vide existentiel de ces personnages sans aucune culture et donc proportionnellement obsédés sexuels. La libido est aussi présente que l’alcool. De coïts en beuveries, ces trentenaires voient leur vie sans avenir : condamnés à rembourser, à construire sa prison, à regretter le passé. Car si le film ne semble avoir aucun sens (et de fait nous sommes facilement perdu avec cette fin qui ne conclut rien), il a pourtant une vocation. En voyant ces images de leur jeunesse, ensoleillée, sensuelle, libres, et comparant avec ce qu’ils sont devenus, il devient clair qu’ils ont tourné le dos à leurs meilleures années, à leurs plus beaux souvenirs. Et cette jouissance ne peut pas être reproduite. Ce déclic, cette maturité, cette amertume les obligent à regarder l’avenir en face : il est minable.
Le présent croule sous la neige. L’hiver a refroidit leurs ardeurs. Plus personne n’est beau. L’un a grossi, l’autre a une dent cassée, et le dernier a des manières yankees/ Tout cela aurait pu être passionnant. Ou poétique comme Turning Gate, son précédent opus. Cependant Hong Sangsoo ne sait pas où tout cela le mène et nous ennuie avec de nombreux détours inutiles ou mal rythmés.
Cette jeunesse coréenne, entre engueulades et fellations , ne sait plus quoi se dire. Et le cinéaste ne sait déjà plus quoi montrer, de manière originale. Il y a pourtant des pllans fulgurants, beaux, admirables : la scène de la douche (avec le lavement du pubis) marquera nos mémoires. Ce cinéma impressionniste, ponctuée parfois de dérision (avec un comique qui s’ignore : le chien) révèle juste l’incommunicabilité entre les sexes. Et la difficulté d’être un homme ayant des rêves.
De fait le rêve est saccagé par tant d’autodestruction. Qu’ils soient petits ou trop grands, les rêves n’ont pas leur place dans cette vie mesquine. La Corée semble ici prouver qu’elle a très bien appris des cinéastes de la Nouvelle Vague. Avec 30 ans d’écart, et une liberté sexuelle assumée, son cinéma dénude ses acteurs, ivres de femmes et de bières. Méfiez-vous du titre, il n’a rien à voir avec le film. Ce temps qu’ils ne retrouvent pas (là où il y a de la gêne y a pas de plaisir), les fait fuir en avant. Pour nous c’est l’ennui total sur ce final interminable. La gueule de bois sans un seul gramme d’alcool dans le Sangsoo.

vincy



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