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Visages, Villages

Sélection officielle - Hors compétition
France / sortie le 28.06.2017


DRÔLE DE COUPLE





«- Il est à vous ce hangar ?
- Oui.
- Je collerai bien un truc dessus.
»

Qu’on ne se méprenne pas : ce documentaire a tout, en apparence, d’un film à la Raymond Depardon. Et ça n’a rien à voir. Depardon aime témoigner de son époque. Agnès Varda et JR préfèrent capter l’humain, sa joie et dans une moindre mesure ses quelques craintes. Ils veulent redonner une forme de fierté à des citoyens rarement dans la lumière.

Visages, Villages est une série d’impressions photographiques et d’impressions ressenties. C’est une fresque mouvante, au gré des petites routes, des souvenirs, des désirs. Cela pourrait être un film du réel, mais c’est aussi une comédie où les deux artistes se mettent en scène, à la manière d’un vieux couple.

C’est l’histoire d’une rencontre : une prêtresse de la Nouvelle Vague, petite par la taille, grande par son aura, malade des yeux et mamie chaleureuse, piquante et curieuse insatiable ; et un aventureux du Street Art, jeune icône médiatique, lunettes noires à la Godard (on y reviendra) qui cache ses yeux et "adulescent" de son temps, taquin et mystérieux.

« - Je voudrais savoir comment vous vous êtes rencontrés.
- Sur un site de rencontre, sur Meetic.
- C’est une blague ? J’aime pas cette blague.
»

Cette alchimie fonctionne parfaitement. Cela produit quelques étincelles, pas mal de vannes. On pourrait croire que c’est anecdotique. On s’interroge même sur l’enjeu du film : montrer une France hors-du-temps, un pays débarrassé de ses habits modernes et peuplé d’habitants tous sympathiques. Le ton est enfantin, les situations parfois surréalistes. C’est un véritable divertissement.

Par delà l’image et l’autoportrait des deux cinéastes, il y a ses portraits de gens, hommes et femmes anonymes, touchants ou amusants. Visages, Villages est un réseau social humain, où le wifi n’est pas nécessaire, poétique et tendre.

Parfois, le cabotinage érafle le mobile du film. Entre le running gag (sur les yeux de JR qu’on ne voit jamais) et les petites blagues, les enfants de corons, les agriculteurs, les serveuses font figure de seconds-rôles.

A cela s’ajoute la vampirisation de Varda sur JR. S’il réussit à garder ses secrets intimes pour lui, là où elle joue en toute transparence, c’est elle qui impose son style, sa vision. Ainsi, on voit bien à quel point elle donne une cohérence à tout ce patchwork, avec ce fil conducteur sur les yeux. Elle insiste sur l’importance du regard, le sien comme celui qu’on porte sur les autres.

Mais surtout, elle conduit son récit vers une finalité. Un documentaire aime ouvrir sur des questions ou s’achever sur une interrogation, voire une interpellation. Varda cinéaste préfère une fin de cinéma. Elle joue sur le flou, nous emmène en Suisse, à la recherche de Godard. On est loin des visages et des villages. On a traversé une frontière : on revient au cinéma. A l’intime. Varda fait le lien entre JLG et ses lunettes de soleil, son esprit avant-gardiste, et JR et ses lunettes noires, son art contemporain. L’ami du passé et celui de l’avenir. Elle glane ici l’instant magique d’une fin parfaite de cinéma, loin de l’intention d’origine. Comme si elle souhaitait capter une dernière fois un moment réel et fictif, spontané et construit. Comme une belle photo.

vincy



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