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La cordillera (El Presidente - The Summit)

Certain Regard
Argentine


AU SOMMET





«- Le président argentin a voté pour un président invisible. »

Un thriller politique n’est pas si courant de nos jours. La cordillera, ou El Presidente, s’inscrit dans la veine des films des années 70, de Costa Gavras à Francesco Rosi, où l’on y démontrait la pourriture d’un système, sous le vernis d’un bel apparat.

Santiago Mitre prend soin de mélanger deux histoires autour d’un président argentin qui doit faire ses preuves sur la scène internationale. L’homme normal, le président invisible, semble être un mystère aussi bien pour les éditorialistes que pour ses collègues, notamment les hégémoniques brésilien et américain qui le prennent pour un simple pantin manipulable. Lors d’un sommet international et crucial, un baptême du feu, il va s’avérer beaucoup plus retors, et moins pur qu’il n’y paraît. La dernière image de ce film élégant est d’ailleurs symbolique : il lève juste la main, de dos. Par ce simple geste, il trahit son voisin et empoche quelques milliards dans un paradis fiscal. Voilà pour la réalité.

A cela s’ajoute une histoire plus intime, entre le Président et sa fille. Le chantage politico-financier du gendre fait dérailler la « fille de » qui en vient à avoir des visions précises de faits survenus avant sa naissance. Ce subconscient qui remonte à la surface installe le doute sur la personnalité de son père. Est-elle folle ou est-il menteur ? Il n’y aura aucune réponse explicite, aucune résolution didactique. C’est là toute la subtilité du scénario. Sans laisser le spectateur à sa libre interprétation, il peut arbitrer et comprendre, après coup, que ce Président n’a rien à voir avec l’image qu’on s’en faisait. Par sa fille, il révèle les racines du mal et le pacte avec le diable nécessaires pour atteindre le niveau suprême du pouvoir.

Sur la forme, La cordillera est filmé comme un thriller légaliste, quasiment à huis-clos. Avec, à son paroxysme, le face à face entre le Président argentin (Ricardo Darin, décidément fabuleux) et le haut fonctionnaire Américain (Christian Slater se régalant avec ce petit rôle). Le Président est enfermé, dans son palais, son avion, son hôtel, ses problèmes. Les jeux d’influence ne sont qu’affaire de psychologie et de sémantique. Le mouvement est statique. Le pouvoir est confiné (un bar, une chambre, un bureau, une voiture). Ce qui est d’autant plus frappant dans cette histoire qui se déploie dans les couloirs de bâtiments et dans les neurones des personnages, c’est l’absence de facilités. Santiago Mitre fait peu de concessions, refusant même le principe d’un épilogue classique ou d’une quête d’émotion.

Sur le fond, ce qui passionne, c’est la plausibilité des deux récits, le politique et le personnel. Le réalisateur a changé les noms, mais on voit bien que les protagonistes peuvent être les dirigeants actuels ou récemment passés, que le sujet même de leur sommet, et ses enjeux, est ancré dans une réalité géopolitique crédible. Peu importe finalement l’intrigue, il s’agit de ressentir le trouble et la méfiance que dégage cet homme ambigu. La parabole dépasse ainsi largement le drame qu’on nous dépeint. C’est ce qui séduit. Le spectateur devient observateur. Et le réalisateur le laisse s’interroger sur l’état de nos « vertueuses » démocraties, et ses vices inaliénables.

vincy



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