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Fiche wikipédia d'Ashin Wirathu

 

Le Vénérable W.

Sélection officielle - Séances spéciales
France


LE MOINE DE LA TERREUR





Barbet Schroeder aime les monstres. Et Le Vénérable W. en est bien un, en chair et en os. Démagogue populiste et extrémiste, ce moine bouddhiste du Myanmar (Ex-Birmanie) manipule les foules en abusant de son statut religieux et embrasent les peurs en tenant un discours politique xénophobe.

Si l'histoire et l'homme sont peu connus en Occident, il est d'autant plus important de s'y intéresser qu'il fait écho à certains politiciens occidentaux, à des discours en vogue qui se sont propagés dans nos pays riches et qu'il mériterait quelques sanctions nationales et internationales.

Sur la forme, le cinéaste ne révolutionne rien : témoignages, interviews, images d’archives, reportages, etc… Seuls les encarts bouddhistes, avec la « petite voix » de Bulle Ogier, offrent une parenthèse bienveillante à cette enquête clairvoyante. En rappelant les grands principes du bouddhisme, avec la voix de la comédienne, le cinéaste n’a pas besoin de discourir pour nous faire comprendre les contradictions entre la religion dont le vénérable Wirathu est l’un des dignitaires et les actes de cet homme dont on ne comprend pas comment il a pu en arriver là autrement que par une tentation narcissique et un goût du pouvoir. Le bouddhisme est fondé sur une vie pacifique, tolérante et non-violente. W est belliqueux, raciste et incite à la haine comme au meurtre.

C’est ce paradoxe qui a sans doute intéressé le réalisateur, qui a toujours apprécié les personnages ambivalents. Mais ici il nous plonge dans une histoire de haine, celles d’ethnies musulmanes. Invasion, grand remplacement, préservation de la « race » : on connaît les éléments de langage. C’est d’autant plus ahurissant que les musulmans ne représentent que 4% de la population du pays.

Wirathu n’a pas eu à aller très loin dans l’Histoire pour raviver le sentiment antimusulman. Déjà la dictature militaire avait utilisé des méthodes similaires pour chasser ces populations vers le Bengladesh voisin afin de prendre le contrôle de régions potentiellement pétrolières. Là où le moine bouddhiste va un cran au dessus vers le génocide, c’est qu’il utilise des messages simples (le musulman est comme « un poisson chat africain qui prolifère et tue tout son environnement à cause de son nombre ») et se sert des croyants pour arriver à ses fins.

Ainsi, depuis 30 ans, il répand sa « parole » et construit patiemment son destin politique. Il s’aide d’un livre, sa « bible », La peur de la disparition de la race. Et tout le reste découle devant nos yeux : mosquées et quartiers brûlés, morts, bannissement des relations commerciales ou amoureuses avec les musulmans, émeutes violentes… Une horreur révoltante qui s’amplifie depuis 20 ans. 140000 personnes dans ces camps. On ne compte même pas le nombre de morts, de disparus.

Le moine est content de lui, entre fake news et déni, vanité et narcissisme, prétention et ambition. La préférence religieuse cache mal la détestation de l’autre. C’est forcément irrationnel. Le documentaire, sans se forcer, fait un procès à charge. Pas seulement contre W., mais aussi contre les gouvernants du pays, qui semblent impuissants face à cette flambée de violence, préférant que le peuple passe sa colère contre ces minorités plutôt que de se retourner contre le pouvoir. W. est en plus intouchable (il ne faudrait pas en faire un martyr). Le plus surprenant finalement c’est sans doute de découvrir comment on peut détourner l’esprit bouddhiste au profit d’une idéologie politique complètement antagoniste. Le plus dramatique est que la Birmanie a adapté une loi sur la race et la religion, limitant les droits des musulmans, sans que personne ne s’en émeuve. C’est là, l’importance de ce documentaire.

vincy



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