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Good Time

Sélection officielle - Compétition
USA


L’IMPASSE





«- Chacun sa merde, je juge pas. »

En filtrant le jus des polars poisseux des années 1970 et en y collant une musique électro très eighties (à la Giorgio Moroder), les frères Safdie ont signé un film qui s’harmonise avec ses contrastes. A la manière de Drive de Nicolas Winding Refn, ils ne quittent pas leur personnage central dans une errance urbaine, où le temps mort est interdit. Loser charismatique, incarné par un Robert Pattinson qui trouve ici son plus grand rôle à date, Connie est un voyou qui se sort de situations impossibles avec un mélange d’audace, d’improvisation et de chance. Cet amateur parvient à déjouer les fatalités qui devraient le conduire directement à la case prison.

Good Time est un thriller assez captivant parce qu’il épouse la nervosité de son « anti-héros ». Il est porté par l’énergie qu’il déploie pour tenter de sauver son frère légèrement handicapé mental, complice de ses méfaits. Rarement deux frères ont autant partagé la responsabilité de leurs destins mutuels. Ils braquent une banque, comme des pieds nickelés, pour s’offrir une nouvelle vie loin du chaos de New York, pour protéger le frère fragile. Et parce que le frère un peu limité se retrouve incarcéré, l’autre va se lancer dans une nuit infernale pour le libérer. Cette emprise fraternelle se déroule dans un monde d’exclus, de miséreux ou de délinquants.

Cette vision sociale de l’Amérique donne du relief à cette fuite en avant qui va amener Connie à rencontrer, mais pas forcément à sympathiser, avec une ado très précoce (un petit détournement de mineur insuffle un peu de souffre), un taulard en liberté conditionnel bien amoché, un gardien de parc d’attraction. Autant d’étapes, d’escales pour une virée vers l’enfer.

La mise en scène traduit parfaitement l’urgence, le stress, l’énervement de cette course contre la montre. Le film est en alerte permanente, sans oublier de respirer par moments, ou d’y introduire quelques doses de dérision. Même la digression, qui raconte les dernières vingt-quatre heures de Ray, essentielles pour la suite des événements, file à toute allure. Embobineur de première, entouré de râleurs, le personnage dégage une empathie suffisante pour qu’on s’intéresse à son cas. Sans pour autant espérer qu’il s’en sorte. Durant cette nuit de merde, succession de plans foireux, ils foncent à toute vitesse vers le mur.

Malgré cette noirceur, les frères Safdie n’oublient jamais l’humanité qui réside en chacun des protagonistes. Il y a une absence de jugement qui conduit la plupart des personnages à une forme de respect naturel. L’usage même de feux, de phares, de néons, d’écrans lumineux, de couleurs fluos, jusqu’à la teinture blonde de Connie, colorent et allègent cette virée nocturne.

Les deux cinéastes contournent aussi les genres. Collant à la peau du fugitif traqué, ils font de leur voyou un anti-Jason Bourne sur le qui-vive. Malgré les verbiages, ils ont écrit des dialogues moins divaguants que Tarantino. La référence, finalement, ce serait plutôt Scorsese, entre ses premiers films des années 70 et After Hours, et Friedkin. L’humanisme en plus.

En refermant le film là où ils l’ont ouvert, les Safdie veulent surtout prouver le pouvoir de nuisance de Connie, même si ses intentions peuvent être bonnes, sur son frère fragile. Dans le prologue, il surgit comme une furie dans le cabinet du psy, arrachant son frangin à l’influence d’un autre qui pourrait, pourtant, le soigner. Dans l’épilogue, le psy retrouve son patient, qui finalement comprend le mal qui lui a été fait. Tout le monde dans ce film a été piégé dans l’impasse où il s’était engagé. Mais le plus innocent connaît une forme de rédemption qui rend le film plus lumineux qu’il n’y paraît. A l’image de cette nuit new yorkaise toujours éclairée.

vincy



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