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Le jour d'après (Geu-hu)

Sélection officielle - Compétition
/ sortie le 07.06.2017


UN JOUR SANS (FIN)





« Je crois que tout est merveilleux toujours. Je crois en ce monde. »

Il devient un peu difficile de parler des films de Hong Sang-soo sans faire au passage un résumé (au moins succinct) de ses œuvres précédentes, surtout les plus récentes. Le cinéaste coréen semble donc entré dans une nouvelle phase de travail, phase que l'on appellera peut-être plus tard "la période post-adultère", et qui commence avec le long métrage présenté à Berlin en février 2017 (On The beach at night alone) et se poursuit pour le moment avec La caméra de Claire (séance spéciale de Cannes 2017) et donc Le jour d'après.

Comme toujours chez Hong Sang-soo, on peut jouer au jeu des sept erreurs, à celui des correspondances et à celui de la temporalité. C'est-à-dire, par exemple, qu'on se demande quelles sont les différences de contexte entre les trois films (l'un se passe en Europe, l'autre en Corée, et le dernier dans les deux continents ; deux mettent en scène des réalisateurs tandis que c'est un directeur d'édition dans le troisième, etc.) et quels sont les motifs qui se répondent (une jeune femme ayant eu une aventure avec un homme marié ou déjà en couple, une rupture, la jalousie...). On s'interroge aussi sur l'ordre dans lequel les films ont été pensés ainsi que sur la chronologie des événements qu'ils racontent.

Tout ce para-texte joue évidemment beaucoup dans la perception du film, auquel il ajoute une saveur et des nuances particulières, mais il n’est pas indispensable pour en apprécier la légèreté et l’ironie latente. Sur le thème du triangle amoureux, Hong Sang-soo s’amuse à brouiller les pistes (en restant volontairement flou sur la temporalité des scènes et parfois même en entretenant l'ambiguïté sur l’identité des protagonistes), à ajouter un personnage supplémentaire, qui est celui de la « fausse maîtresse », à revisiter les grands classiques du genre, de la scène de jalousie au crêpage de chignon…

Il en profite pour truffer son récit de conversations hyper solennelles sur le sens de la vie (et le reste), notamment lorsque la nouvelle assistante incite son patron à « trouver sa propre croyance » et porte un regard distancié sur des situations presque stéréotypées. Ainsi, il observe les petites mesquineries du couple adultère (ravi d’avoir trouvé un bouc émissaire), la lâcheté (récurrente) du personnage masculin, et globalement tous les petits travers qu’il aime traditionnellement tourner en dérision. Sans surprise, on n’échappe pas non plus à l’incontournable scène de beuverie.

Sans doute Le jour d’après est-il moins sensible et dense que d’autres films de Hong Sang-soo à l’image de On The beach at night alone et Un jour avec, un jour sans, pour citer des titres récents, mais il poursuit incontestablement avec constance son patient et minutieux travail de déclinaison autour du sentiment amoureux et de ses fragilités. Lorsque l’on aime le cinéaste coréen, ou que l’on veut se familiariser avec son oeuvre, il est de toute manière impossible de faire l’impasse sur le moindre de ses films, car ce serait prendre le risque de rater une variation infime et unique. Et si on souhaite le découvrir, Le jour d’après est loin d’être la plus mauvaise portée d’entrée, puisqu’il porte explicitement ou en filigrane tous les ingrédients de son cinéma, et qu’il le fait avec une douceur joliment persuasive.

MpM



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